Stablecoins : le pari américain à l’export
À la mi-2025, l’administration Trump a dévoilé une stratégie visant à consolider la place du dollar sur la scène internationale via les stablecoins. Cette initiative, révélée par Bloomberg, repose sur des partenariats entre agences fédérales comme le Trésor, le Département d’État et la DFC (U.S. International Development Finance Corporation) avec des acteurs privés pour pousser l’adoption de stablecoins adossés au dollar à l’étranger. L’enjeu est double : stimuler la demande pour les bons du Trésor américain et étendre la domination du billet vert dans les échanges mondiaux.
Selon David Sacks, alors responsable crypto et IA à la Maison Blanche en février 2025, l’essor international des stablecoins pourrait générer « des milliers de milliards de dollars » de demande supplémentaire pour la dette publique américaine. Ce scénario s’appuie sur le fait que les émetteurs de stablecoins détiennent déjà près de 200 milliards de dollars en réserves, ce qui fait d’eux des acheteurs majeurs de dette souveraine américaine.
USDT et USDC représentent à eux seuls près de 90 % d’un marché des stablecoins estimé à 292,49 milliards de dollars.
USDT et USDC : un duopole qui pèse
Sur le marché mondial des stablecoins, deux noms dominent sans partage : USDT (Tether) et USDC (Circle). Ensemble, ils représentent près de 90 % de la capitalisation totale du secteur, estimée à 292,49 milliards de dollars. Leur succès repose sur une promesse simple mais puissante : chaque token est adossé à un dollar réel ou à un actif sûr comme un bon du Trésor américain, selon un ratio strict de 1:1.
Ce mécanisme inspire confiance aux utilisateurs internationaux qui cherchent une alternative au système bancaire classique ou une protection contre l’inflation locale. Mais il attire aussi l’attention des régulateurs : depuis juillet 2025, le cadre réglementaire fédéral américain (GENIUS Act) encadre plus strictement les réserves détenues par ces émetteurs, exigeant qu’elles soient constituées essentiellement de dollars et de titres publics américains à court terme.
Visa accélère sur les paiements transfrontaliers
Les flux transfrontaliers en stablecoins ont bondi de 77,5 % en un an pour atteindre 220,3 milliards de dollars en juin 2026, alors même que la capitalisation globale du marché crypto chutait de 37 % sur la même période.
Cette croissance spectaculaire s’explique par l’usage croissant des stablecoins dans le commerce international et les transferts personnels. Selon Chainalysis, plus de 4 700 nouveaux corridors transfrontaliers ont été identifiés en douze mois, représentant 2,64 milliards de dollars transférés. Visa s’est engouffré dans cette dynamique en publiant début 2026 une enquête montrant que l’intention d’adopter les stablecoins grimpe fortement dès lors que des protections bancaires contre la fraude ou une assurance des dépôts sont proposées.
D’après le secteur financier traditionnel, 64 % des clients américains interrogés par Visa déclarent que leur confiance dépend avant tout du fournisseur du service plutôt que de la technologie elle-même. Ce constat pousse Visa et d’autres géants du paiement à multiplier les expérimentations autour des stablecoins pour capter cette nouvelle clientèle internationale.
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Les marchés émergents sous pression
L’expansion rapide des stablecoins libellés en dollars inquiète plusieurs institutions internationales. Le FMI et la Banque des règlements internationaux alertent régulièrement sur les risques pour les économies émergentes : selon eux, une adoption massive pourrait accélérer les fuites de capitaux hors des systèmes bancaires locaux vers le dollar numérique. Cette crainte n’est pas purement théorique : avec près de 90 % des transactions mondiales de change libellées en dollars et une croissance exponentielle des transferts transfrontaliers via stablecoins – dont beaucoup concernent des montants moyens autour de 3 000 dollars – certains pays redoutent une perte rapide d’autonomie monétaire.
La législation américaine façonne l’écosystème
Le vote puis l’application progressive du GENIUS Act aux États-Unis constituent un tournant pour l’industrie mondiale des stablecoins. Adoptée en juillet 2025 et prévue pour entrer pleinement en vigueur début 2027, cette loi impose aux émetteurs américains d’assurer une transparence accrue sur leurs réserves ainsi qu’une conformité stricte avec les exigences fédérales. Toutefois, contrairement aux attentes exprimées par certains utilisateurs – dont plus d’un tiers réclament explicitement une assurance type FDIC ou une protection contre la fraude –, ces garanties ne seront pas obligatoires dans ce nouveau cadre légal.
L’Europe a également adopté ses propres règles via le règlement MiCA depuis juin 2024. Résultat : la capitalisation totale des stablecoins adossés à l’euro conformes a doublé entre 2025 et 2026 selon Decta. Hong Kong n’est pas en reste avec son propre régime d’agrément pour les émetteurs locaux.
réglementaire mouvant où chaque bloc économique tente d’imposer ses standards, il reste incertain si le modèle américain saura s’imposer durablement face aux initiatives concurrentes venues d’Europe ou d’Asie.
Ce qu'il faudra observer
Le 17 août 2025, le Trésor américain a publié un avis de projet de réglementation sur l’émission et la vente de stablecoins de paiement : si ce texte aboutit à une réglementation claire, les réactions des principaux émetteurs comme USDT et USDC, qui représentent près de 90 % du marché, seront à surveiller immédiatement. L’impact sur les flux transfrontaliers, qui ont déjà bondi de 77,5 % en un an pour atteindre 220,3 milliards de dollars en juin 2026, dépendra des modalités finales de cette régulation, qui restent incertaines.
