Kalshi resserre la vis sur ses utilisateurs
Depuis ce mois de juin 2024, la plateforme américaine Kalshi impose à certains utilisateurs de dévoiler leur employeur avant d’accéder à des marchés jugés « à risque élevé » d’abus ou de délit d’initié. Cette mesure est entrée en vigueur immédiatement, après les recommandations d’un comité indépendant chargé d’auditer les dispositifs de surveillance internes de Kalshi. L’objectif annoncé : limiter l’exploitation d’informations confidentielles sur des événements politiques, économiques ou financiers.
Concrètement, plus de 100 tentatives de transactions suspectes ont déjà été bloquées au premier trimestre grâce à ces nouveaux filtres, selon la société.
L’entreprise a également indiqué avoir ouvert plus de 150 enquêtes sur des activités potentiellement illicites sur la même période, dont une vingtaine transmises aux autorités compétentes et cinq ayant donné lieu à des sanctions internes. Toutefois, aucun détail n’a été publié et ces chiffres resetnt invérifiables pour l’instant. Pour renforcer sa vigilance, Kalshi a aussi lancé un système d’évaluation du risque pour chaque marché, intégrant notamment l’exposition au délit d’initié et les enjeux pour la sécurité nationale.
Insider trading : la chasse s’intensifie
Les marchés de prédiction américains font face à une pression croissante autour du délit d’initié. Un article académique cité par plusieurs observateurs indique que seulement 3% des traders sur Polymarket auraient généré l’essentiel des mouvements de prix entre 2023 et 2025. Deux arrestations récentes illustrent cette tendance : un ancien membre des forces spéciales américaines (Green Beret) en avril et un ingénieur de Google en mai ont été inculpés pour avoir exploité des informations confidentielles dans leurs paris sur Polymarket.
La plateforme a donc mis en place de nouveaux outils permettant aux utilisateurs eux-mêmes de signaler toute activité suspecte directement depuis chaque marché.
La CFTC sort du flou juridique
Le 12 juin 2024 marque une étape clé : la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), principal régulateur américain des marchés dérivés, publie son tout premier projet de réglementation dédié aux marchés de prédiction. Ce texte vise les plateformes comme Kalshi, Polymarket ou Crypto.com, qui proposent aux particuliers de spéculer sur l’issue d’événements politiques, économiques ou sportifs via des contrats spécifiques.
Le président Mike Selig fait désormais des marchés prédictifs une priorité. La proposition introduit un processus d’examen formel pour chaque nouveau contrat soumis à la CFTC : un délai de 90 jours sera accordé afin de déterminer si le contrat respecte l’intérêt public selon trois critères précis. D’abord, il faut que l’événement soit clairement défini ; ensuite, vérifier s’il touche une catégorie interdite (guerre, terrorisme, jeu illégal…) ; enfin, la commission statue officiellement sur sa conformité.
Les contrats liés à la guerre, au terrorisme ou à l’assassinat sont explicitement susceptibles d’être interdits par le régulateur fédéral. Le texte prévoit une période de consultation publique ouverte pendant 45 jours avant toute adoption définitive. Si elle est validée sans modification majeure, la nouvelle réglementation pourrait entrer en vigueur dès 60 jours après sa publication finale.
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Contrats sensibles : la ligne rouge
La CFTC distingue désormais nettement entre les marchés sportifs — jugés utiles pour la découverte du prix — et les jeux purement basés sur le hasard ou susceptibles d’encourager la manipulation (comme parier sur les blessures ou décisions arbitrales).
Le projet précise aussi que les contrats électoraux ne relèvent pas du « gaming » au sens fédéral. Cette clarification intervient alors que Kalshi et Polymarket ont vu leur volume exploser lors des primaires présidentielles américaines début 2024. D’après cointelegraph.com, Kalshi a par ailleurs signé un partenariat avec Nasdaq pour lancer une nouvelle gamme portant sur la valorisation future des entreprises privées avant leur introduction en bourse — un signal fort que le secteur veut s’institutionnaliser malgré le durcissement réglementaire.
Polymarket n’est pas en reste puisqu’un accord avec Dow Jones permettra bientôt à The Wall Street Journal et ses autres médias d’intégrer en temps réel les données issues des marchés prédictifs dans leurs analyses économiques.
Marchés secondaires et responsabilité accrue
Dans le débat réglementaire américain plus large autour des actifs numériques, le Hyperliquid Policy Center et Paradigm ont récemment interpellé le Trésor au sujet du GENIUS Act. Cette loi signée l’an dernier impose aux émetteurs de stablecoins — monnaies numériques stables — d’être capables de bloquer ou geler toute transaction suspecte même sur le marché secondaire dès janvier 2027 au plus tard.
Les acteurs crypto contestent cette approche : ils affirment ne pas pouvoir surveiller efficacement toutes les opérations impliquant leurs tokens une fois ceux-ci échangés entre particuliers via smart contracts autonomes. Le Sénat discute actuellement d’un projet pouvant alléger la responsabilité pesant sur les développeurs de plateformes quant au blanchiment ou aux sanctions internationales — mais rien n’est tranché à ce stade.
La question reste donc ouverte concernant le niveau exact d’obligations qui pèsera demain sur ces nouveaux intermédiaires financiers.
Ce qu'on en garde
- •Depuis juin 2024, Kalshi exige la divulgation de l’employeur pour accéder aux marchés à risque élevé de délit d’initié.
- •Le 12 juin 2024, la CFTC a proposé sa première réglementation sur les marchés de prédiction, avec un examen public de 90 jours.
- •Au premier trimestre, Kalshi a bloqué plus de 100 transactions suspectes et ouvert plus de 150 enquêtes internes.
Les points de suivi essentiels
La proposition de réglementation des marchés de prédiction par la CFTC, publiée le 12 juin 2024, ouvre une période de consultation publique de 45 jours avant révision et pourrait entrer en vigueur 60 jours après adoption finale ; l’application effective de ces règles dépendra donc du calendrier de finalisation, qui reste incertain à ce stade.
