Bitcoin BIP-110 : un fork qui divise, mais n’avance pas

Symbole Bitcoin 3D brillant avec éclairage doré, fond bleu marine flou évoquant une division profonde.

Le fork BIP-110 s’essouffle déjà

Le week-end dernier, le réseau Bitcoin a connu une tentative de bifurcation technique avec l’activation du soft fork BIP-110 au bloc 961,632. Cette proposition visait à limiter temporairement les données non financières sur la blockchain, notamment celles utilisées par les protocoles Ordinals et Runes. Pourtant, dès ses premières heures, la nouvelle chaîne issue du fork n’a produit que deux blocs en huit heures, restant bloquée au bloc 961,633 alors que la chaîne principale poursuivait sa progression jusqu’au bloc 961,681. La mécanique du fork a donc rapidement montré ses limites face à la puissance de calcul écrasante de la chaîne principale.

La situation illustre à quel point un manque d’adhésion des mineurs peut condamner une tentative de soft fork à l’échec opérationnel quasi immédiat.

Pourquoi si peu de soutien ?

Depuis le début de la période de signalisation obligatoire enclenchée au bloc 961,632, le soutien des mineurs à BIP-110 est resté marginal. Sur les deux dernières semaines, seuls 2,53 % des blocs affichaient leur appui à la proposition alors que le seuil requis pour une activation sans scission est fixé à 55 %, soit 1 109 blocs marqués sur une séquence de 2 016 blocs. Ce chiffre est resté quasiment inchangé depuis plusieurs jours. L’absence de soutien massif s’explique en partie par l’opposition publique de figures majeures telles que Michael Saylor (MicroStrategy) et Adam Back (Blockstream), qui ont tous deux exprimé leurs réserves quant à l’opportunité et aux conséquences d’une telle restriction sur les usages du réseau.

La période de signalisation pour BIP-110 doit durer jusqu’au bloc 965,664, soit environ quatre semaines à compter du 21 juin 2024.

Le logiciel Bitcoin Core, utilisé par la majorité du réseau, ne prend pas en charge BIP-110 et reste donc insensible à cette tentative d’évolution imposée par une minorité.

En comparaison, seul Bitcoin Knots – un client alternatif – applique strictement les règles du soft fork. Cette fragmentation logicielle accentue encore le fossé entre partisans et opposants.

AntPool et Ocean, rôles clés

La chronologie du fork met en lumière le rôle central joué par certains pools de minage. Au moment critique du déclenchement du soft fork au bloc 961,632, AntPool a miné le premier bloc sans signaler son soutien à BIP-110. Ce bloc a été accepté par la chaîne principale mais rejeté par les nœuds exécutant Bitcoin Knots. Parallèlement, un mineur utilisant Ocean a pris le relais sur la chaîne alternative en produisant un bloc dissident qui n’a pas trouvé d’écho durable : cette chaîne s’est arrêtée après seulement deux blocs produits.

Ce déséquilibre flagrant dans la répartition du hashrate illustre pourquoi la chaîne issue du fork ne peut pas ajuster sa difficulté avant d’avoir produit 2 016 blocs – ce qui prendrait environ 350 jours à son rythme actuel. Autrement dit, sans basculement massif du soutien minier, elle restera inerte.

Transaction re-jouée, inquiétudes croissantes

Un autre point d’inquiétude majeur concerne le risque d’attaque dite « replay ». Selon Kevin Loaec, développeur Bitcoin cité cette semaine sur X (ex-Twitter), toute transaction signée pour vendre des coins issus de la chaîne forkée pourrait être diffusée sur la chaîne principale Bitcoin et transférer ainsi les vrais BTC à l’acheteur. Ce risque est particulièrement aigu tant que les deux chaînes acceptent des transactions identiques et qu’aucun mécanisme technique n’empêche leur duplication involontaire.

Les détenteurs souhaitant spéculer sur les coins issus du fork pourraient donc perdre leurs véritables bitcoins si aucune précaution n’est prise pour différencier les transactions entre chaînes concurrentes.

Pourquoi ça compte

L’histoire récente de Bitcoin rappelle que même une minorité déterminée peut provoquer des remous durables dans l’écosystème. Le précédent SegWit en 2017 avait vu l’activation d’un user activated soft fork (UASF) via BIP-148 sans soutien majoritaire des mineurs. Pourtant ici, avec moins de 3 % de blocs signalant pour BIP-110 selon coindesk.com et une absence quasi totale de relais côté grand public ou institutionnel, le scénario d’une scission durable semble improbable pour l’instant.

BTCUSD : Cours actuel

La période actuelle de signalisation doit durer jusqu’au bloc 965,664 – soit environ quatre semaines après le lancement initial – mais il paraît peu probable que la dynamique change radicalement durant ce laps de temps. Pour rappel concret : si aucun basculement significatif ne survient avant cette échéance attendue autour du 9 août, BIP-110 restera lettre morte pour la majorité des utilisateurs et des mineurs.

Pour l’heure, le principal impact reste une démonstration grandeur nature des limites techniques et sociales d’un soft fork initié sans consensus large ni préparation logistique suffisante.

Le condensé

  • La chaîne issue du fork BIP-110 s’est arrêtée au bloc 961,633 après avoir produit seulement deux blocs en huit heures.
  • Seuls 2,53 % des blocs ont signalé en faveur de BIP-110 sur les deux dernières semaines, loin du seuil requis de 55 %.
  • Les transactions sur la chaîne forkée exposent à un risque de "replay attack", pouvant faire perdre les vrais BTC aux détenteurs.

Les prochains développements à suivre

La période de signalement pour BIP-110 se poursuit jusqu’au bloc 965,664, attendu dans environ quatre semaines : si le seuil de 55 % de blocs signalants n’est pas atteint d’ici là, l’activation automatique sans scission restera impossible, et la chaîne forkée restera bloquée à seulement deux blocs produits, sans ajustement de difficulté possible avant 2 016 blocs, ce qui prendrait environ 350 jours à son rythme actuel.