Banques canadiennes : six géants s’unissent pour tester les dépôts tokenisés

Symbole Quant stylisé au centre, blocs translucides interconnectés, rubans de données émeraude et grille hexagonale.

Le transfert d’argent à l’ère numérique

Six des plus grandes banques du Canada – Bank of Montreal, CIBC, National Bank of Canada, Royal Bank of Canada, Scotiabank et TD Bank Group – ont lancé une initiative commune pour explorer le potentiel des dépôts tokenisés en dollars canadiens. Ce projet vise à transférer de manière efficace ces représentations numériques de dépôts bancaires entre institutions financières du pays. Dès la première phase, l’objectif est clair : moderniser les paiements interbancaires et accélérer les transferts tout en conservant la stabilité du système financier.

Les dépôts tokenisés se distinguent des cryptomonnaies classiques : il s’agit de versions numériques de fonds déjà détenus par les clients auprès de leur banque, et non d’actifs émis par des sociétés crypto comme les stablecoins. Cette nuance est essentielle car elle garantit que le dépôt reste une dette directe de la banque dépositaire, sous supervision réglementaire.

Pourquoi les banques s’y mettent maintenant

Plusieurs signaux concrets expliquent ce timing. En mars 2024, la Banque du Canada, RBC et TD ont mené le projet Samara : ils ont testé l’émission, le trading et le règlement d’une obligation de 100 millions de dollars canadiens sur un registre distribué utilisant des dollars canadiens tokenisés. Ce test grandeur nature a permis de valider certains aspects techniques et réglementaires du concept.

En mai dernier, Shopify et la Banque Nationale du Canada ont soutenu un dollar canadien numérique réglementé destiné à fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, confirmant l’intérêt croissant pour des moyens de paiement digitaux flexibles au sein de l’économie canadienne. Ces initiatives récentes montrent que l’écosystème bancaire cherche à ne pas se laisser distancer par les innovations venues du secteur crypto ou des fintechs.


Le 10 septembre, l’OSFI a précisé que les dépôts tokenisés ne sont pas juridiquement distincts des dépôts traditionnels.

La première phase du projet actuel ne lie pas encore officiellement chaque banque à l’émission d’un dépôt tokenisé ; il s’agit surtout d’explorer ensemble un modèle commun pour une future monnaie numérique bancaire.

Ce qui distingue dépôt tokenisé et stablecoin

Dans un article de cointelegraph.com, on précise que les dépôts tokenisés restent juridiquement identiques aux dépôts traditionnels : ils constituent toujours une dette envers la banque dépositaire. À l’inverse, les stablecoins sont généralement émis par des entités non bancaires et adossés à des réserves en monnaie fiduciaire. Depuis mars 2024, le Canada a adopté le Stablecoin Act dans le cadre du projet de loi C-15 afin d’encadrer ces actifs numériques ; ce cadre fédéral entrera en vigueur en 2027 mais n’inclut pas les banques ni les coopératives déjà soumises à régulation.

Cette distinction n’est pas anodine : alors que les stablecoins sont souvent perçus comme risqués ou éloignés du système bancaire traditionnel, les dépôts tokenisés visent à rassurer clients et régulateurs quant à leur sécurité et leur conformité. L’Office of the Superintendent of Financial Institutions (OSFI) a rappelé le 10 septembre que ces nouveaux dépôts ne créent pas une nouvelle catégorie juridique ; ils restent intégrés au bilan classique des banques.

Premiers tests, premiers enseignements

Les premiers essais réalisés lors du projet Samara ont mis en lumière plusieurs atouts techniques : rapidité accrue des règlements interbancaires, possibilité d’automatiser certains paiements grâce à la programmabilité offerte par la technologie blockchain, et réduction potentielle des coûts opérationnels. Les participants ont ainsi pu transférer une obligation d’un montant de 100 millions CAD via un registre distribué – une étape inédite pour le marché canadien.

Cependant, tout n’est pas encore tranché sur la suite à donner. Si la première phase se concentre sur l’échange entre grandes banques participantes, il reste incertain si ce modèle sera étendu prochainement à d’autres acteurs financiers ou aux clients particuliers. À long terme, certaines institutions évoquent la possibilité d’ouvrir ce système à davantage d’établissements ou même aux entreprises technologiques actives dans les paiements.

Pour l’heure, cette expérimentation collective vise avant tout à aligner les standards techniques et réglementaires afin d’éviter toute fragmentation du marché canadien des paiements numériques.

La confiance bancaire à l’épreuve du digital

L’enjeu principal demeure la confiance : si les banques veulent convaincre leurs clients que ces nouveaux outils numériques offrent autant (voire plus) de sécurité que leurs services actuels, elles devront garantir transparence et supervision stricte. La prudence affichée dans cette première phase illustre bien cette volonté d’avancer sans brusquer ni institutions ni consommateurs.

Les prochaines évolutions possibles

La première phase du projet des six grandes banques canadiennes vise à tester le transfert de dépôts tokenisés entre institutions financières, mais aucune décision d’émission effective n’a encore été prise à ce stade. Si un modèle commun est validé lors de cette phase, les établissements pourraient alors décider d’émettre des dépôts tokenisés, bien que ce point reste incertain pour l’instant.