Fuite massive de crypto après les frappes
Quelques minutes seulement après les frappes aériennes menées conjointement par les États-Unis et Israël sur Téhéran samedi matin, l’Iran a connu une envolée spectaculaire des sorties de crypto-actifs
Nobitex concentre environ 87 % du volume national iranien et revendique plus de 11 millions d’utilisateurs. En 2025, la plateforme aurait traité près de 7,2 milliards de dollars de transactions, ce qui en fait un acteur central pour les Iraniens souhaitant déplacer rapidement leurs capitaux hors du pays lors d’événements critiques ou incertains. L’ampleur inédite des transferts observés samedi souligne le rôle stratégique que joue désormais la crypto-monnaie dans la gestion du risque financier en contexte de crise.
Selon Elliptic, les sorties de crypto depuis Nobitex ont dépassé 500 000 dollars en quelques minutes, atteignant près de 3 millions de dollars une heure après les frappes du 13 avril.
Internet coupé, transferts stoppés net
La vague de sorties s’est brutalement interrompue lorsque le régime iranien a imposé une coupure quasi totale d’internet, réduisant la connectivité à seulement 1 % selon TRM Labs.
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Le Bitcoin vacille, l’Ether décroche
L’impact du conflit ne s’est pas limité aux frontières iraniennes : le marché mondial des crypto-monnaies a réagi violemment dans la foulée des frappes. Le prix du Bitcoin a plongé sous les 64 000 dollars – contre environ 67 000 dollars auparavant – soit une chute éclair proche de 5 %. L’Ether n’a pas été épargné non plus, affichant une baisse marquée à 1 930 dollars, en recul de près de 3,8 %. Cette volatilité extrême a entraîné une capitalisation totale du marché amputée de quelque 128 milliards de dollars en quelques heures à peine.
Ce type de réaction rapide illustre la sensibilité exacerbée des marchés crypto aux chocs géopolitiques majeurs. Les liquidations forcées se sont multipliées alors que les investisseurs cherchaient à limiter leurs pertes ou à anticiper d’éventuelles restrictions supplémentaires sur les flux financiers iraniens. Pour beaucoup d’utilisateurs locaux comme internationaux, ces mouvements confirment que la crypto reste un outil privilégié pour tenter d’échapper au contrôle étatique ou aux sanctions économiques.
Sanctions, manifestations : les précédents similaires
L’explosion des sorties observée samedi n’est pas un cas isolé : Elliptic rapporte que deux autres pics majeurs avaient déjà été enregistrés début janvier lors des manifestations anti-régime et lors de l’annonce récente de nouvelles sanctions américaines contre des acteurs iraniens. À chaque fois, ces épisodes ont coïncidé avec une hausse soudaine des transactions sortantes depuis Nobitex vers des plateformes étrangères ayant déjà servi par le passé à canaliser des fonds iraniens hors du pays.
Cette dynamique récurrente montre que la population iranienne dispose désormais d’un réflexe bien rodé pour sécuriser ses avoirs numériques dès que la situation politique ou économique se tend brutalement. La rapidité et l’ampleur des flux sortants témoignent d’une anticipation systématique du risque : coupures d’internet, gel potentiel des comptes ou nouvelles mesures restrictives sont perçus comme autant de menaces imminentes pour l’accès aux actifs numériques.
À titre d’exemple concret, le précédent du 9 janvier avait déjà vu une hausse significative des sorties suite à une coupure d’internet imposée par le gouvernement durant les manifestations anti-régime. La répétition du scénario samedi dernier renforce l’idée que chaque épisode critique se traduit par un exode massif et éclair vers l’étranger via la crypto.
Nobitex sous surveillance accrue d’Elliptic
Au cœur de ces mouvements massifs se trouve Nobitex, dont le rôle central attire désormais l’attention renforcée des sociétés spécialisées en analyse blockchain. D’après coindesk.com, Elliptic a déjà établi par le passé un lien entre Nobitex et certaines activités financières alignées sur les Gardiens de la révolution (IRGC), ce qui place la plateforme sous une surveillance internationale accrue. Si cette connexion est avérée ou non reste peu clair pour certains analystes extérieurs au dossier.
Les fonds transférés depuis Nobitex aboutissent essentiellement sur des plateformes étrangères ayant déjà reçu par le passé d’importants volumes venus d’Iran. Cette traçabilité partielle permet aux autorités internationales et aux sociétés privées comme Elliptic ou TRM Labs de surveiller l’évolution des flux iraniens et leur éventuelle utilisation dans le contournement des sanctions ou le financement d’activités illicites.
Les signaux à ne pas ignorer
Le 700% de hausse des sorties de crypto depuis Nobitex, dépassant 3 millions de dollars en une heure après les frappes américano-israéliennes du samedi matin, a été suivi d’une chute brutale des flux liée à une coupure d’internet ayant réduit la connectivité iranienne de 99% selon TRM Labs ; si la connectivité est rétablie, un nouveau pic de sorties reste possible.
