Saylor monte au front contre BIP-110
Le 7 juillet 2024, Michael Saylor, président exécutif de MicroStrategy et figure emblématique du monde Bitcoin, a publié un manifeste de près de 3 700 mots sur X.
Son argumentaire s’appuie notamment sur le risque d’une scission du réseau et d’une perte de confiance généralisée, alors que la communauté se divise sur l’opportunité de limiter l’usage de la blockchain à sa seule fonction monétaire.
Le seuil d’approbation fait débat
BIP-110 ne se contente pas de proposer des restrictions techniques : elle suggère aussi d’abaisser le seuil d’approbation des mineurs pour les mises à jour du protocole. Alors qu’il faut habituellement une majorité écrasante de 95% pour valider un changement majeur sur Bitcoin, la proposition abaisserait ce seuil à seulement 55%. Ce point cristallise les tensions, car il remet en cause le principe de quasi-unanimité qui a toujours prévalu dans la gouvernance du réseau. Lors de la dernière période d’observation (période n°475 couvrant les blocs 955,584 à 957,599), seuls 1% des blocs se sont déclarés favorables à BIP-110, illustrant l’ampleur des divisions.
La question est simple : faut-il sacrifier le consensus historique pour accélérer l’évolution du protocole ?
Ce débat intervient alors que l’activité liée aux Ordinals a fortement chuté depuis son pic d’août 2023 – on compte désormais moins de 10 000 inscriptions quotidiennes contre plus de 400 000 lors des sommets passés. Pourtant, même avec cette baisse, la crainte d’un précédent en matière de gouvernance reste vive chez les acteurs historiques comme Adam Back (Blockstream) ou Luke Dashjr (Ocean protocol).
DOG Mode s’invite dans la bataille
Au-delà des débats institutionnels, le développeur Leonidas a lancé “DOG Mode”, un client alternatif qui s’attaque non pas aux règles fondamentales du consensus Bitcoin mais aux politiques de relais appliquées par défaut par Bitcoin Core et autres logiciels majeurs. DOG Mode vise à supprimer certaines restrictions jugées arbitraires par ses partisans. L’objectif affiché : permettre une plus grande liberté pour les transactions utilisant Ordinals ou autres innovations apparentées aux NFT sur Bitcoin.
Selon coindesk.com, si suffisamment d’utilisateurs adoptent ce type de logiciel alternatif, le mempool (la “salle d’attente” des transactions avant qu’elles soient minées) pourrait devenir fragmenté. Cela compliquerait l’estimation des frais et affecterait la rapidité avec laquelle certaines transactions sont prises en charge par les mineurs. Le risque technique n’est donc pas négligeable : une multiplication des politiques pourrait rendre le fonctionnement quotidien du réseau moins prévisible pour les utilisateurs comme pour les opérateurs professionnels.
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Saylor brandit ses “110 raisons”
Dans son essai fleuve publié dimanche et vu près de 880 000 fois en quelques heures, Saylor énumère ce qu’il présente comme “110 raisons” pour lesquelles BIP-110 serait néfaste au projet Bitcoin. Il y insiste notamment sur le danger d’une scission du réseau (“fork”), qui pourrait faire émerger deux versions concurrentes du protocole si une partie suffisante des mineurs ou des nœuds refuse d’appliquer les nouvelles règles. Ce scénario rappellerait celui vécu lors du fork entre Bitcoin et Bitcoin Cash en 2017 – épisode qui avait semé la confusion sur les marchés et parmi les usagers.
Le timing n’est pas anodin : Saylor a publié son post juste avant une divulgation attendue lundi par MicroStrategy et accompagné sa sortie d’un graphique cryptique légendé “What’s next?”. Cette communication intervient alors que le cours du bitcoin reste volatil autour des 54 000 dollars ces derniers jours.
La visibilité médiatique et financière dotn bénéficie Saylor confère à ses prises de position un poids particulier auprès des investisseurs institutionnels.
Censure ou protection du protocole ?
Pour certains partisans de BIP-110 comme Luke Dashjr ou Dathon Ohm (le développeur pseudonyme à l’origine de la proposition), limiter les transactions non monétaires vise avant tout à préserver l’intégrité et l’efficacité du réseau face à l’engorgement potentiel provoqué par les inscriptions massives type Ordinals. Ils estiment que Bitcoin doit rester avant tout un système monétaire pair-à-pair tel que décrit dans le livre blanc original.
À l’inverse, Adam Back ou Leonidas défendent une vision plus ouverte où innovation et liberté priment sur toute forme potentielle de censure – même temporaire – imposée par une modification du consensus ou des politiques logicielles centrales.
La communauté Bitcoin sous tension
L’avenir immédiat reste incertain : alors que l’échéance clé pour BIP-110 approche en août prochain, aucune majorité ne se dégage clairement parmi les mineurs ni au sein des principaux pools. La fragmentation technique induite par DOG Mode menace aussi bien la cohérence opérationnelle que la perception publique du projet Bitcoin. Les prochaines semaines seront décisives pour jauger si le réseau saura préserver son unité sans sacrifier sa capacité d’innovation.
L'analyse en bref
- •BIP-110 propose d’abaisser le seuil d’approbation des mineurs de 95% à 55% pour les mises à jour du protocole.
- •Lors de la période n°475 (blocs 955,584 à 957,599), seulement 1% des blocs étaient favorables à BIP-110.
- •Michael Saylor, dont la société détient 843 775 BTC (54,31 milliards $), alerte sur le risque de scission du réseau.
Les prochains tests pour le marché
La période de signalisation des mineurs pour BIP-110 a récemment montré seulement 1% de blocs favorables, alors que la proposition vise à abaisser le seuil d’approbation à 55%, et une divulgation de Strategy est attendue lundi, ce qui pourrait influencer la dynamique du débat. Si le soutien des mineurs reste aussi faible ou si la divulgation de Strategy ne clarifie pas la position institutionnelle, l’incertitude autour d’une éventuelle scission du réseau persistera.
