Ce qu’on sait sur l’enquête
Le géant de la crypto Binance fait face à une nouvelle enquête menée par le bureau du procureur fédéral de Manhattan, épaulé par la division criminelle du Département de la Justice (DOJ) à Washington.
Les investigations portent notamment sur des transactions qui auraient transité entre l’Iran et d’autres pays à travers Binance, malgré les restrictions imposées par Washington. En mars dernier, le Wall Street Journal avait mis en avant des documents internes suggérant que plus d’un milliard de dollars auraient été transférés par des entités liées à l’Iran sur Binance. La société a contesté ces chiffres, affirmant que le montant réel ne dépasserait pas 126 millions de dollars, dont environ 24 millions auraient été associés à des portefeuilles liés au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC).
En février 2024, le sénateur Richard Blumenthal a ouvert une enquête parlementaire visant des flux suspects de 1,7 milliard de dollars via Binance.
L’enquête actuelle ne constitue pas une preuve formelle de faute et pourrait se conclure sans inculpation, mais elle ravive la pression réglementaire sur un acteur déjà fragilisé.
Binance, sous pression américaine renouvelée
Depuis sa création, Binance a souvent navigué dans une zone grise vis-à-vis des régulateurs américains. Après avoir accepté deux contrôleurs indépendants et vu son fondateur Changpeng Zhao quitter la direction — puis purger quatre mois de prison avant d’être gracié par Donald Trump — la société tente de redorer son image. En février dernier, Binance annonçait que plus de 1 500 employés, soit un quart de ses effectifs mondiaux, travaillaient désormais sur la conformité réglementaire.
Malgré ces efforts affichés, les autorités américaines continuent d’examiner minutieusement le rôle potentiel joué par Binance dans le contournement des sanctions contre l’Iran.
Le DOJ n’a pas souhaité commenter publiquement l’affaire. Du côté de Binance, un porte-parole a assuré appliquer une politique stricte de tolérance zéro concernant toute violation des sanctions et coopérer pleinement avec les autorités compétentes. Pourtant, en avril dernier, le New York Times rapportait que la plateforme compliquait parfois l’accès aux informations utilisateurs pour les enquêteurs américains.
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L’Iran au cœur des soupçons
La question centrale reste celle du volume réel des flux financiers iraniens ayant transité par Binance. Selon Fortune et le New York Times, ce montant pourrait atteindre jusqu’à 1,7 milliard de dollars depuis plusieurs années. Cependant, Binance réfute ces estimations et avance un chiffre bien inférieur. Ce flou entretient la tension entre la plateforme et les régulateurs américains.
Récemment encore, les procureurs fédéraux ont cherché à saisir 61 millions de dollars issus du blanchiment présumé de ventes illicites de pétrole iranien via Binance. Aucune accusation directe n’a toutefois été portée contre la société elle-même dans cette opération. Par ailleurs, début avril, le Trésor américain a gelé plusieurs portefeuilles crypto liés au régime iranien — principalement en USDT (stablecoin émis par Tether) — dans le cadre d’une offensive plus large baptisée Operation Economic Outcast.
Pourquoi ça compte
Les enjeux dépassent largement le sort individuel de Binance : ils touchent à la capacité réelle des États-Unis à faire respecter leurs sanctions dans un écosystème crypto mondialisé où chaque faille peut devenir une brèche majeure pour des économies sous embargo.
Le casse-tête de la conformité
Le sénateur Richard Blumenthal s’est saisi du dossier dès février en ouvrant une enquête parlementaire sur deux entités soupçonnées d’avoir utilisé Binance pour contourner les sanctions : Hexa Whale et Blessed Trust. Selon decrypt.co, cette initiative fait suite à plusieurs rapports faisant état d’un usage massif du bitcoin par l’Iran pour ses transactions transfrontalières via différentes plateformes crypto — dont certaines sont explicitement visées par les mesures américaines depuis avril.
Pour Binance, désormais incorporée aux îles Caïmans et officiellement retirée du marché américain après son accord avec le DOJ en 2023, chaque nouveau dossier vient compliquer davantage sa stratégie mondiale. La société doit jongler entre exigences locales et pressions internationales tout en tentant d’éviter tout nouveau faux-pas susceptible d’entraîner une amende aussi lourde que celle réglée l’an dernier (4,3 milliards de dollars).
La prochaine étape dépendra largement des résultats concrets obtenus par les procureurs fédéraux : si aucune preuve formelle n’est établie contre Binance dans cette affaire iranienne précise, la plateforme pourrait éviter une nouvelle condamnation pénale immédiate — mais resterait sous surveillance renforcée tant que subsisteront des zones d’ombre sur ses dispositifs anti-blanchiment.
Les prochains développements à suivre
La semaine dernière, les procureurs de Manhattan ont cherché la confiscation de 61 millions de dollars issus de ventes de pétrole iranien blanchis via Binance, sans accuser directement la plateforme ; toute inculpation formelle ou décision du DOJ sur ce dossier reste incertaine à ce stade et sera immédiatement scrutée par le marché.
