Le compromis sur les stablecoins débloque le texte
Après plusieurs mois de blocage, le Digital Asset Market Clarity Act (CLARITY) s’apprête à franchir une étape cruciale au Sénat américain.
Un compromis clé a été trouvé début juin entre les sénateurs Thom Tillis (Républicain, Caroline du Nord) et Angela Alsobrooks (Démocrate, Maryland) : il interdit le rendement passif sur les stablecoins mais autorise certaines récompenses liées à l’activité sur la plateforme. Ce point était devenu central après qu’en janvier, le comité de l’agriculture du Sénat eut adopté sa propre version du projet de loi avec une approche différente sur les stablecoins.
Malgré la pression exercée par l’American Bankers Association – dont le CEO a appelé ses membres à protester contre ce compromis dans une lettre datée du 9 juin – Angela Alsobrooks a maintenu sa position commune avec Tillis. Les banques s’inquiètent d’une concurrence accrue avec les émetteurs de stablecoins comme Tether ou Circle, alors que BlackRock a récemment déposé deux demandes auprès de la SEC pour des produits financiers tokenisés destinés à ce secteur.
L’éthique des élus divise profondément
La question éthique s’est imposée comme un point d’achoppement majeur dans la dernière ligne droite. La sénatrice Kirsten Gillibrand a ainsi prévenu que les Démocrates ne soutiendraient pas le CLARITY Act sans l’ajout d’une disposition visant à encadrer strictement les conflits d’intérêts potentiels des membres du Congrès et des plus hauts responsables américains. Cette exigence fait suite à la révélation par Forbes qu’en juillet 2025, la fortune personnelle du président Donald Trump avait bondi d’environ 1,2 milliard de dollars grâce à ses activités dans la crypto.
Le président républicain du comité bancaire, Tim Scott, estime toutefois que ces préoccupations relèvent du comité d’éthique et non du markup législatif.
Cette divergence expose un malaise croissant autour de l’influence directe ou indirecte des responsables politiques sur l’industrie crypto. Alors que certains élus veulent renforcer la transparence avant toute avancée législative majeure, d’autres privilégient une adoption rapide du cadre réglementaire pour éviter que les États-Unis ne prennent trop de retard face aux initiatives européennes ou asiatiques.
Sept Démocrates au centre du jeu
L’issue du vote dépendra largement des positions de sept sénateurs démocrates considérés comme “clé” par Galaxy Digital. Parmi eux figurent Ruben Gallego et Angela Alsobrooks, jugés favorables à un cadre pro-innovation. Mark Warner, Catherine Cortez Masto, Andy Kim et Raphael Warnock sont qualifiés de “deal-makers”, ayant déjà soutenu le GENIUS Act par le passé mais restant prudents quant aux modalités finales du CLARITY Act.
Lisa Blunt Rochester occupe une position plus ambiguë : elle a soutenu certains aspects du cadre crypto mais voté contre le GENIUS Act lors d’un précédent scrutin. Le Senate Banking Committee compte actuellement 24 membres – 13 Républicains et 11 Démocrates – et il faudra réunir au moins 12 voix pour faire avancer le texte vers un vote en séance plénière. Selon decrypt.co, les probabilités de passage du CLARITY Act sur Polymarket ont grimpé à 79% avant de retomber à 63% ce matin.
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Retraite annoncée pour Cynthia Lummis
Cynthia Lummis, figure emblématique pro-bitcoin et sénatrice républicaine du Wyoming, quittera la vie politique en 2027. Elle a appelé ses collègues à voter sans tarder pour le CLARITY Act lors du markup prévu ce jeudi. Son départ annoncé ajoute une pression supplémentaire sur les partisans d’une régulation claire avant que son influence ne disparaisse du Sénat.
Coinbase et BlackRock : deux stratégies opposées
Le retrait public de Coinbase en janvier dernier avait marqué un coup d’arrêt temporaire au projet de loi : l’exchange s’opposait alors aux limitations envisagées sur les rendements des stablecoins. À l’inverse, BlackRock multiplie depuis quelques semaines les initiatives dans la finance tokenisée : vendredi dernier encore, le gestionnaire d’actifs a soumis deux dossiers majeurs à la SEC pour lancer des produits destinés aux émetteurs de stablecoins tels que Tether ou Circle. Son fonds BUIDL affiche désormais 2,4 milliards de dollars sous gestion répartis sur huit blockchains différentes.
Une bataille serrée autour du markup
Ce mercredi marque donc un tournant décisif pour l’avenir réglementaire des cryptomonnaies aux États-Unis. Le markup au Sénat pourrait soit ouvrir la voie à une légalisation formelle de la plupart des activités crypto dans le pays – selon le texte actuel –, soit relancer plusieurs mois d’incertitude si aucun consensus n’est trouvé entre Démocrates et Républicains.
À mesure que l’échéance approche, chaque camp mobilise ses arguments : rapidité et pragmatisme chez les Républicains menés par Tim Scott ; garanties éthiques renforcées chez certains Démocrates emmenés par Kirsten Gillibrand. Seule certitude : quel que soit le résultat jeudi soir, l’équilibre entre innovation financière et intégrité politique restera pour longtemps encore.
Ce que disent les prochains indicateurs
Le vote décisif du Senate Banking Committee sur le CLARITY Act est prévu ce jeudi 14 mai : si au moins 13 membres sur 24 approuvent le texte, il passera à l’étape suivante, mais l’issue reste incertaine en raison des divisions persistantes sur les questions d’éthique et de rendement des stablecoins.
