Des milliards potentiels à investir
Le Département du Travail des États-Unis a publié ce lundi une proposition de règle qui pourrait transformer le paysage de l’épargne retraite américaine. L’objectif affiché : permettre aux plans 401(k), ces comptes d’épargne retraite très populaires, d’intégrer plus facilement des actifs alternatifs, dont les cryptomonnaies. À la fin 2025, les Américains détenaient environ 10,1 billions de dollars dans ces plans, sur un marché global de l’épargne retraite à cotisations définies estimé à 14,2 billions selon l’Investment Company Institute.
Jusqu’ici, seuls 4 % des plans proposaient des investissements alternatifs et à peine 0,1 % des actifs étaient alloués à ces options. Si la nouvelle règle est adoptée, même une allocation marginale pourrait entraîner un afflux massif vers le bitcoin ou d’autres tokens. Par exemple, si un grand plan décidait d’investir seulement 1 % de son portefeuille en crypto, cela représenterait déjà plusieurs millions de dollars injectés dans ce secteur.
Le Département du Travail estime que le marché piloté par les participants regroupe 8,8 billions de dollars répartis sur environ 721 000 plans.
La pression de l’administration Trump
Cette ouverture ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans la continuité d’un ordre exécutif signé en août dernier par Donald Trump, qui demandait explicitement au Département du Travail et à la SEC (le gendarme boursier américain) d’élargir l’accès aux actifs alternatifs pour les épargnants. Le projet de règle publié cette semaine vise donc à concrétiser cette volonté politique, en proposant notamment un cadre appelé “safe harbor” destiné à rassurer les gestionnaires de fonds s’ils choisissent d’intégrer la crypto après une diligence raisonnable.
En mai dernier déjà, le Département du Travail avait annulé une directive datant de l’ère Biden qui recommandait une “extrême prudence” vis-à-vis des cryptomonnaies dans les menus d’investissement des retraites. Le secrétaire adjoint au Travail, Keith Sonderling, a précisé que la position du département est désormais neutre concernant les classes d’actifs : ni recommandation ni interdiction claire pour le bitcoin ou autres tokens.
Ce qui inquiète Elizabeth Warren
La perspective de voir les économies-retraite américaines exposées aux cryptomonnaies suscite déjà des critiques politiques. La sénatrice Elizabeth Warren a vivement réagi à la proposition, avertissant que ce changement pourrait exposer les travailleurs américains à des pertes importantes tout en profitant principalement aux grandes entreprises financières. Cette inquiétude n’est pas isolée : en 2022, l’administration Biden avait mis en garde contre la volatilité et les risques associés aux cryptos dans les plans retraite.
Pour Warren et ses alliés, le risque principal reste la protection insuffisante des épargnants face aux soubresauts brutaux du marché crypto.
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Les géants financiers en embuscade
Les grandes institutions financières n’ont pas attendu ce feu vert réglementaire pour se positionner sur le créneau. En octobre dernier, Morgan Stanley a donné l’autorisation à ses 16 000 conseillers financiers de recommander certains investissements crypto à leurs clients. Les recommandations restent prudentes : Morgan Stanley évoque une allocation comprise entre 2 % et 4 %, tandis que BlackRock recommande plutôt entre 1 % et 2 %. D’après cointelegraph.com, Paul Atkins (président de la SEC) considère que cet élargissement des options est une priorité critique pour offrir plus de diversification aux investisseurs américains.
Par ailleurs, certains experts du secteur comme Andrew M. Bailey du Bitcoin Policy Institute voient dans cette ouverture une opportunité stratégique pour le bitcoin : attirer enfin l’argent institutionnel longtemps convoité par les défenseurs historiques de la crypto.
Pourquoi ça compte
L’enjeu dépasse largement le débat technique ou idéologique sur la place du bitcoin dans un portefeuille : il s’agit ici d’un potentiel basculement massif d’une partie des milliers de milliards d’épargne américaine vers un secteur encore jeune et volatil. À titre d’exemple concret, si même une fraction minime – disons 1 % – du marché total dirigé par les participants (8,8 billions) venait à être investie en crypto-actifs via les plans retraite, cela représenterait près de 88 milliards injectés dans le secteur.
Reste que tout n’est pas joué : la proposition doit encore passer plusieurs étapes réglementaires avant une éventuelle adoption finale. Les débats autour du niveau de protection offert aux épargnants et sur la responsabilité fiduciaire des gestionnaires continueront probablement d’alimenter la discussion jusqu’à sa publication officielle prévue mardi prochain.
mouvant où innovation rime avec incertitude réglementaire, la prudence reste donc le mot d’ordre pour tous les acteurs concernés.
L'info en bref
- •Fin 2025, les plans 401(k) américains représentaient 10,1 billions de dollars d’épargne retraite (source : Investment Company Institute).
- •En 2023, seulement 4 % des plans à cotisations définies proposaient des investissements alternatifs, avec 0,1 % des actifs alloués.
- •La proposition de règle du Département du Travail exécute un ordre de Donald Trump d’août 2023 pour ouvrir les 401(k) aux crypto-actifs.
Les prochains signaux à observer
La publication officielle de la proposition de règle du Département du Travail au Federal Register mardi sera le point de départ concret : si la règle est adoptée sans amendement, les gestionnaires de 401(k) pourraient bénéficier d’un “safe harbor” pour inclure des cryptomonnaies, mais l’ampleur réelle des allocations reste incertaine à ce stade.
