Le Trésor américain frappe fort
Le 14 avril, le département du Trésor américain a annoncé une série de sanctions contre quatre des principales plateformes d’échange de cryptomonnaies iraniennes : Nobitex, Wallex, Bitpin et Ramzinex.
Les sanctions interdisent désormais à toute entreprise ou citoyen américain de fournir des services financiers à ces plateformes, sous peine de poursuites. Le Trésor a également ajouté plusieurs dirigeants clés à sa liste noire, dont Amir Hossein Rad, président et cofondateur de Nobitex, ainsi que Seyed Ali Khoee, PDG actuel.
Nobitex visée pour financement terroriste
Selon le Trésor américain, Nobitex aurait facilité des transactions pour le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), une force militaire d’élite iranienne déjà sanctionnée par plusieurs pays occidentaux. L’accusation va plus loin : la plateforme aurait également servi à effectuer des paiements pour des acteurs affiliés au ransomware liés à l’IRGC et permis l’évasion de sanctions en transférant des fonds hors d’Iran après des frappes américaines plus tôt cette année – un point néanmoins incertain car il repose sur un communiqué officiel non corroboré par d’autres sources.
D’après decrypt.co, Nobitex aurait traité plus de 50 % des flux entrants d’actifs numériques iraniens en 2025 et aurait aidé la Banque centrale d’Iran à accéder à des centaines de millions de dollars en stablecoins pour soutenir le rial iranien. Ces accusations placent la plateforme au cœur d’un dispositif financier soupçonné d’alimenter la stabilité économique du régime mais aussi ses activités militaires et cybercriminelles.
Selon Chainalysis, Nobitex concentre à elle seule environ 50% du volume de trading crypto du pays.
Un milliard de dollars saisis
Depuis le début de sa campagne contre l’Iran, le Trésor américain affirme avoir saisi environ 1 milliard de dollars en cryptomonnaies provenant d’échanges et portefeuilles iraniens.
Voir Aussi
Crypto et surveillance des civils iraniens
Outre les accusations liées au financement du terrorisme et à l’évasion des sanctions, Washington reproche aussi à Nobitex d’avoir contribué à la surveillance étatique des citoyens iraniens. Selon les autorités américaines, certaines transactions auraient permis aux services iraniens d’identifier ou de tracer les activités numériques de civils. Cette dimension ajoute une couche politique aux sanctions économiques déjà lourdes.
Wallex et Bitpin ne sont pas épargnées : Wallex représente 12 % des flux entrants d’actifs numériques iraniens en 2025 tandis que Bitpin capte environ 10 %, avec parmi ses investisseurs supposés des acteurs liés à l’évasion des sanctions. Ramzinex, fondée en 2018 à Téhéran, a quant à elle traité plus de 2,45 milliards de dollars de transactions selon les données publiées par le Trésor.
En avril 2026, Tether – principal émetteur du stablecoin USDT – a gelé près de 344 millions de dollars sur deux portefeuilles attribués à la Banque centrale d’Iran, directement liés à l’IRGC-Qods Force et au Hezbollah libanais. Ce gel illustre la coordination croissante entre autorités américaines et acteurs privés du secteur crypto pour limiter les marges de manœuvre financières iraniennes.
La riposte américaine à l’évasion crypto
L’administration américaine tente ainsi d’enrayer ce qu’elle considère comme une utilisation stratégique des cryptomonnaies par Téhéran pour contourner les embargos traditionnels. Les dirigeants visés ont été expressément nommés : Amir Hossein Rad est accusé par l’OFAC d’avoir réorganisé les opérations après un piratage massif ayant coûté 90 millions de dollars à Nobitex en juin 2025. La famille Kharrazi figure également parmi les personnes sanctionnées pour leur implication directe dans la gestion ou le financement des plateformes incriminées.
Ce mercredi encore, le Trésor a averti sur les risques accrus liés aux paiements transitant par le détroit d’Ormuz – zone stratégique pour le commerce mondial du pétrole – y compris via crypto-actifs. Les États-Unis cherchent manifestement à couper toutes les voies alternatives permettant au gouvernement iranien ou aux entités affiliées au régime d’accéder au système financier international.
Crypto iranienne : la grande coupure
Avec ces mesures inédites visant autant les plateformes que leurs dirigeants et investisseurs présumés, Washington élargit son arsenal contre ce qu’il considère comme une économie parallèle numérique au service du pouvoir iranien. La désignation simultanée des quatre principaux échanges – couvrant ensemble près des trois quarts du marché crypto national – marque une rupture nette avec la tolérance relative observée jusqu’ici.
En résumé
- •Le 14 avril 2024, le Trésor américain a sanctionné Nobitex, Wallex, Bitpin et Ramzinex, principales plateformes crypto iraniennes.
- •Nobitex, qui gère environ 50 % du volume crypto iranien, est accusée de faciliter des transactions pour l’IRGC et l’évasion de sanctions.
- •Depuis début 2024, environ 1 milliard de dollars en cryptomonnaies liés à l’Iran ont été saisis par les autorités américaines.
Ce qui peut encore basculer
Si Tether maintient le gel des 344,2 millions de dollars sur deux portefeuilles attribués à la Banque centrale d’Iran depuis avril 2026, la capacité de cette dernière à accéder à des stablecoins pour soutenir le rial reste incertaine et dépendra d’éventuelles décisions de déblocage ou de nouvelles mesures du Trésor américain.
