Sanctions américaines : Shelbit et Aban Tether dans le collimateur pour leurs liens iraniens

Symbole 3D brillant de Tether entouré d’un marteau, balances et documents fragmentés sur fond sombre dramatique.

Shelbit et Aban Tehter dans le viseur

Le 21 juin 2024, le département du Trésor américain a frappé fort en ajoutant deux nouvelles plateformes d’échange crypto, Shelbit Exchange et Aban Tether, à sa liste noire. Ces exchanges, opérant depuis l’Iran et d’autres juridictions, sont accusés d’avoir facilité des flux financiers totalisant au moins 5 millions de dollars en actifs numériques liés à des entités iraniennes. Cette action s’inscrit dans une campagne plus large visant à limiter la capacité de l’Iran à contourner les sanctions économiques traditionnelles via la crypto.

Les mesures prises ne s’arrêtent pas aux plateformes elles-mêmes : Siavash Kayvanpour, ressortissant iranien mais aussi citoyen de la Dominique et de l’Afghanistan, a été sanctionné pour avoir dirigé un réseau complexe passant par la Géorgie et les Émirats arabes unis. Plusieurs sociétés qu’il contrôle – dont Shelbit Technologies (Pologne), Crypto Home et NFT Home DMCC (Émirats) – figurent désormais sur la liste SDN (Specially Designated Nationals), ce qui bloque tous leurs avoirs liés aux États-Unis.

L’ombre de l’IRGC sur les exchanges

Au cœur de cette affaire se trouvent des transferts impliquant l’IRGC, le Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran. Le Trésor américain a identifié plus de 3 millions de dollars transitant entre Shelbit Exchange et des portefeuilles contrôlés par l’IRGC. D’après theblock.co, ces transactions ont été minutieusement tracées, confirmant que les fonds circulaient activement entre les deux entités malgré les précédentes mesures restrictives.

Shelbit aurait également blanchi des dizaines de millions issus d’un réseau de jeux d’argent en ligne en persan, selon les autorités américaines.

Aban Tether n’est pas en reste : la plateforme a traité plusieurs millions de dollars avec des exchanges iraniens déjà sanctionnés comme Nobitex, Wallex, Bitpin ou Ramzinex. Cette coordination entre acteurs met en lumière une architecture sophistiquée destinée à échapper aux contrôles internationaux.


Plus de 2 millions de dollars ont été envoyés depuis des portefeuilles contrôlés par Siavash Kayvanpour vers Nobitex en juin 2024.

Nobitex, l’acteur-clé iranien

Nobitex, la principale plateforme crypto iranienne, joue un rôle central dans ces flux financiers. En juin 2024, elle a été officiellement ajoutée à la liste noire du Trésor américain après que des portefeuilles liés à Kayvanpour lui ont envoyé plus de 2 millions de dollars en actifs numériques. Nobitex était déjà sous surveillance depuis plusieurs mois pour ses liens présumés avec des réseaux sanctionnés.

Les échanges entre Shelbit Exchange et Nobitex illustrent la porosité du système : plus de 2 millions de dollars ont circulé directement entre ces plateformes. L’implication répétée de Nobitex dans divers schémas financiers complexes souligne sa position stratégique dans l’écosystème crypto iranien.

Les précédents de janvier resurgissent

Ces sanctions ne sont pas un coup isolé. Dès janvier 2024, le Trésor américain avait déjà ciblé Zedcex et Zedxion, premières plateformes crypto explicitement visées pour leurs liens avec l’Iran. En mai 2024, quatre portefeuilles liés à la banque centrale iranienne avaient aussi été gelés après intervention américaine, entraînant un blocage immédiat d’environ 131 millions de dollars par Tether. Ces actions successives montrent une intensification progressive du contrôle exercé sur les flux numériques iraniens.

L’autorité VARA des Émirats arabes unis a également tenté d’agir contre Shelbit General Trading début 2025 puis mi-2026 ; cependant, selon le Trésor américain, Shelbit est resté actif malgré ces tentatives locales d’endiguement.

Ce que vise le Trésor américain

D’après coindesk.com, le département du Trésor cherche avant tout à perturber les circuits alternatifs permettant à l’Iran – et notamment ses forces armées – d’accéder à des devises étrangères via la crypto-monnaie. Les chiffres sont parlants : plus d’un million de dollars envoyés par l’IRGC vers Shelbit Exchange ; plus de deux millions renvoyés ensuite vers des portefeuilles affiliés ; plusieurs millions traités par Aban Tether avec des plateformes sous sanctions.

La stratégie américaine s’appuie sur une surveillance accrue des intermédiaires techniques et humains qui rendent possibles ces transactions transfrontalières. En inscrivant rapidement chaque nouvel acteur suspect sur sa liste SDN et en gelant immédiatement leurs avoirs accessibles depuis les États-Unis ou via des partenaires internationaux comme Tether, Washington entend couper court aux tentatives répétées d’évasion financière.

Pour l’heure, il reste difficile d’évaluer si ces mesures suffiront à endiguer totalement les flux illicites ou si elles ne feront que déplacer le problème vers d’autres canaux moins visibles.

Les prochaines étapes

Depuis le 7 août 2026, Shelbit Exchange, Aban Tether et les personnes nommées figurent sur la liste SDN, ce qui implique le blocage immédiat de tous leurs avoirs liés aux États-Unis ; il reste incertain si d’autres plateformes ou portefeuilles associés feront l’objet de nouvelles mesures dans les semaines à venir.