Le boom silencieux des stablecoins au Brésil
Au Brésil, l’essor des stablecoins indexés sur le dollar s’opère à grande vitesse, loin des projecteurs.
Cette adoption massive ne se limite pas à une poignée d’investisseurs technophiles : elle touche désormais le grand public, alors que Pix, le système de paiement instantané géré par l’État brésilien, a traité près de 7 milliards de transactions rien qu’en juin 2025 pour une valeur de 590 milliards de dollars.
Face à cette montée en puissance, la banque centrale brésilienne a décidé d’agir : la Résolution 561, qui entrera en vigueur le 1er octobre 2025, interdira aux entreprises de paiement d’effectuer des règlements transfrontaliers en stablecoins ou autres cryptomonnaies. Cette mesure vise à préserver la souveraineté monétaire et à limiter la dollarisation numérique du pays.
Pix : un géant bousculé par le dollar numérique
Pix s’est imposé comme l’une des infrastructures de paiement les plus performantes au monde. Au second semestre 2025, Pix a enregistré 42,9 milliards de transactions, surpassant largement les cartes bancaires (23,8 milliards sur la même période). Plus de 90% des adultes brésiliens utilisent Pix au quotidien pour régler achats et factures.
Pourtant, malgré cette domination locale, la progression rapide des stablecoins en dollars commence à éroder la part des paiements traditionnels et suscite l’inquiétude des autorités financières.
Ce phénomène n’est pas isolé : ailleurs en Amérique latine, la Bolivie envisage d’intégrer officiellement l’USDT (Tether) comme moyen légal de paiement aux côtés du boliviano national et du dollar américain. Le gouvernement bolivien a proposé un cadre réglementaire pour encadrer cette cohabitation monétaire et introduire des garde-fous contre le blanchiment d’argent – une question sensible alors que le pays figure toujours sur la liste grise du GAFI.
Pourquoi les banques s’inquiètent vraiment
La montée en puissance des stablecoins ne menace pas seulement les systèmes nationaux comme Pix mais frappe également au cœur du modèle économique des banques traditionnelles. Piero Cipollone, membre du directoire exécutif de la Banque centrale européenne (BCE), a récemment averti que l’adoption généralisée des stablecoins pourrait éroder significativement la base de dépôts de détail des banques commerciales. Lors d’un discours à Rome devant la Fédération italienne des banques coopératives ce printemps, il a souligné que les paiements numériques augmetent déjà la dépendance européenne aux infrastructures non locales.
En Europe aussi, les paiements mobiles représentent désormais plus d’une transaction sur dix en point de vente dans plusieurs pays comme l’Irlande ou les Pays-Bas. Le marché mondial des stablecoins atteint environ 300 milliards de dollars selon DefiLlama, presque exclusivement libellé en dollars américains.
Voir Aussi
Ce qui coince avec la réglementation brésilienne
La décision brésilienne d’interdire les règlements transfrontaliers en stablecoins dès octobre 2025 change le cadre stratégique. Cette mesure intervient alors que Washington annonce l’imposition d’un tarif douanier inédit de 25% sur la plupart des biens brésiliens dès juillet 2025 sous le régime Section 301 – une première visant explicitement un système national de paiement.
tendu, la Résolution 561 cherche clairement à freiner l’expansion du dollar numérique dans les échanges internationaux du Brésil. Mais son efficacité reste incertaine tant que la demande locale pour ces actifs numériques demeure forte et que les alternatives nationales peinent à offrir une couverture aussi large ou une liquidité comparable.
Pourquoi ça compte
L’évolution rapide du paysage monétaire – entre innovations privées comme les stablecoins et ripostes institutionnelles telles que l’euro numérique – pose un défi inédit aux banques traditionnelles. La BCE tente d’y répondre : elle a sélectionné début juin 2024 trente-six prestataires européens majeurs pour lancer un projet pilote d’euro numérique dès le second semestre 2027. Contrairement aux stablecoins privés, cet euro digital ne versera pas d’intérêt et sera plafonné afin d’éviter toute fuite massive hors du système bancaire classique.
Comme le rapporte decrypt.co, Piero Cipollone estime que cette conception limite le risque matériel pour la liquidité bancaire tout en préservant le rôle central des établissements financiers dans l’écosystème européen. Mais avec une décision finale attendue seulement vers 2029 et une adoption mondiale croissante du dollar numérique sous forme de stablecoin, il si ces mesures suffiront à contenir l’exode monétaire hors des banques traditionnelles.
Ce que la suite pourrait réserver
La Résolution 561 de la banque centrale brésilienne, qui entrera en vigueur le 1er octobre 2025, interdira aux entreprises de paiement de régler des paiements transfrontaliers en stablecoins ou autres cryptomonnaies ; si cette mesure est effectivement appliquée, les flux mensuels de 6 à 8 milliards de dollars en crypto pourraient être immédiatement affectés, mais l’impact précis sur les banques traditionnelles reste incertain.
