Le bitcoin efface sa chute éclair
Samedi, le marché des crypto-monnaies a été pris de court par les frappes aériennes coordonnées des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, qui ont fait vaciller le bitcoin sous la barre des 64 000 dollars
Cette volatilité extrême rappelle la sensibilité du secteur crypto à la géopolitique, mais aussi sa capacité à rebondir rapidement face à l’incertitude.
La réaction des marchés traditionnels restait encore incertaine dimanche soir, alors que les places pétrolières et boursières mondiales n’avaient pas encore ouvert. Certains investisseurs s’interrogent sur la solidité du rebond crypto si la crise devait s’intensifier ou si un blocage prolongé du détroit d’Hormuz venait perturber durablement l’approvisionnement mondial en pétrole.
Le passage du bitcoin de 64 000 à 68 000 dollars en quelques heures a représenté près de 80 milliards de dollars de capitalisation boursière regagnés dimanche matin.
Solana et ether en pleine forme
Si le bitcoin a retenu l’attention par son amplitude, les altcoins majeurs n’ont pas été en reste. Solana a bondi de 10,8 % pour atteindre 86,42 dollars sur la journée de dimanche, tandis qu’ether progressait de 7,5 % pour frôler les 2 000 dollars. Cardano (+6,7 %), dogecoin (+6,5 %), XRP (+5,6 %) et BNB (+4,8 %) ont également profité d’un puissant rebond collectif après la déroute du samedi.
Sur une semaine pourtant marquée par les tensions géopolitiques, solana affiche une hausse modérée de 1,7 %, alors que bitcoin reste en léger retrait (-1,6 %).
Ce regain d’optimisme semble avoir été alimenté par l’absence immédiate d’une escalade militaire supplémentaire dans les heures ayant suivi les frappes. Mais il est encore trop tôt pour dire si cette dynamique haussière perdurera face aux multiples inconnues politiques et économiques qui pèsent sur la région.
Crypto iranienne sous les projecteurs
L’Iran occupe une place singulière dans l’écosystème mondial des crypto-monnaies. Depuis la légalisation du minage en 2019, le pays a vu son secteur crypto atteindre près de 7,8 milliards de dollars en volume annuel estimé pour 2025. La puissance de calcul iranienne représenterait entre 2 % et 5 % du minage mondial de bitcoin ces dernières années.
Un autre chiffre marquant : plus de la moitié des flux entrants sur des adresses crypto iraniennes au quatrième trimestre provenaient d’entités liées au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), soit plus de trois milliards de dollars reçus rien qu’en 2025. Par ailleurs, la banque centrale iranienne aurait accumulé au moins 507 millions de dollars en USDT cette année-là.
La monnaie nationale iranienne s’est effondrée – le rial a perdu plus de 96 % face au dollar américain –, ce qui pousse nombre d’Iraniens à se tourner vers le bitcoin ou l’USDT comme valeur refuge ou outil d’évasion monétaire lors des crises internes. Lors des récentes coupures d’internet et manifestations populaires, les retraits depuis les plateformes locales vers des portefeuilles privés ont fortement augmenté.
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Polymarket parie sur un cessez-le-feu
Au-delà des prix spot, certains acteurs surveillent aussi les marchés prédictifs comme Polymarket pour tenter d’anticiper l’évolution géopolitique immédiate. Le contrat concernant un éventuel cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran donne actuellement une probabilité de 78 % avant le 30 avril et de 61 % avant le 31 mars. Ces chiffres témoignent d’un certain espoir chez les spéculateurs quant à une désescalade rapide malgré le chaos apparent.
Pourquoi ça compte
L’épisode du week-end met en lumière plusieurs enjeux structurels pour le secteur crypto : premièrement, sa corrélation croissante avec les chocs géopolitiques majeurs ; deuxièmement, son rôle ambigu entre valeur refuge potentielle et actif risqué lors des périodes d’incertitude extrême ; enfin, son utilisation stratégique par certains États comme l’Iran pour contourner partiellement les sanctions internationales ou compenser la dépréciation monétaire interne.
La fermeture temporaire du détroit d’Hormuz – zone clé représentant environ 20 % du trafic pétrolier mondial – a déjà poussé plusieurs majors pétrolières à suspendre leurs expéditions dans la région ce week-end. Si cette situation devait durer ou s’aggraver, elle pourrait provoquer un choc bien plus large sur toutes les classes d’actifs numériques comme traditionnelles.
Pour l’heure cependant, il reste difficile d’évaluer si ce rebond technique observé dimanche marque un retour durable à la confiance ou simplement une accalmie provisoire avant une nouvelle vague d’instabilité.
À court terme
Le contrat Polymarket attribue une probabilité de 61 % à un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran avant le 31 mars, mais cette issue reste incertaine ; si aucun accord n’est trouvé d’ici là, les marchés surveilleront la réaction immédiate des prix du bitcoin, qui a oscillé entre 64 000 $ et 68 000 $ suite aux frappes du week-end.
