Des primes record pour se protéger
Les investisseurs sur le marché des options Bitcoin n’ont jamais autant payé pour se prémunir contre une chute du cours.
La prime payée pour ces puts atteint désormais 4 points de base rapportés au volume spot, soit trois fois plus qu’à la mi-2022. Cette envolée du coût de la protection traduit une inquiétude persistante chez les acteurs du marché, alors même que le prix du Bitcoin s’est stabilisé autour de 70 000 dollars ces derniers jours.
Le ratio put/call au plus haut
Un autre indicateur clé confirme l’ambiance anxiogène : le ratio put/call open interest a culminé à 0,84 et s’est maintenu en moyenne à 0,77 sur le mois, atteignant ainsi ses niveaux les plus élevés depuis juin 2021. Cela signifie que pour chaque option d’achat (call) ouverte, près de 0,8 option de vente est également en circulation. Autrement dit, la demande de protection contre une baisse l’emporte nettement sur l’anticipation d’une hausse rapide du Bitcoin.
Chez Deribit, la plateforme leader des options crypto, la demande pour les puts équivalait vendredi à près de 2,5 fois celle des calls équivalents. Le delta skew put-call – qui mesure la différence de prix entre puts et calls – a atteint 16 %, un niveau révélateur d’une préférence marquée pour la couverture baissière.
Ce déséquilibre dans l’intérêt ouvert reflète une peur palpable sur les marchés dérivés.
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Volatilité en baisse, anxiété en hausse
Paradoxalement, cette ruée vers la protection intervient alors même que le marché cash du Bitcoin montre des signes d’apaisement. La volatilité réalisée, qui mesure l’ampleur réelle des variations de prix sur une période donnée, est passée d’environ 80 à un peu plus de 50 au cours du dernier mois. Le prix moyen du Bitcoin sur 30 jours a reculé de 19 % par rapport à la période précédente, mais il se maintient désormais autour de 69 891 dollars.
Les taux de financement des contrats à terme ont également baissé sensiblement : ils sont passés de 4,1 % à seulement 2,7 %, ce qui indique un moindre appétit spéculatif sur les marchés futurs. Pourtant, malgré cette accalmie apparente sur le spot et la baisse des volumes d’échange entre détenteurs longue durée (plus d’un an), le sentiment dominant reste celui d’un besoin urgent de se couvrir face à une éventuelle correction brutale.
Des ETF sortent, la nervosité reste
Le contexte macroéconomique contribue largement à cette nervosité persistante. Les ETF Bitcoin cotés aux États-Unis ont enregistré deux journées consécutives de sorties nettes cette semaine-là, totalisant 254 millions de dollars. Cette tendance s’accompagne d’un recul marqué sur d’autres actifs risqués : le S&P 500 a touché son plus bas niveau depuis six mois tandis que l’or a chuté de 10 % en trois jours seulement.
Dans le même temps, les prix du pétrole WTI sont restés au-dessus de 94 dollars depuis le 12 mars – soit une augmentation spectaculaire de 50 % par rapport au mois précédent –, alimentant les craintes inflationnistes et pesant sur les perspectives économiques mondiales. D’après cointelegraph.com, Oxford Economics anticipe déjà une réduction des dépenses des consommateurs et des pénuries potentielles liées à cette flambée énergétique.
Pourquoi ça compte
La conjonction d’une volatilité en baisse et d’une demande record pour les protections baissières signale un marché sous tension où l’incertitude domine malgré l’absence immédiate de krach ou d’exode massif hors du Bitcoin. L’attrait persistant pour les puts révèle que nombre d’investisseurs redoutent encore un retournement brutal ou une contagion venue des autres classes d’actifs majeures.
Alors que les achats nets de Bitcoin avaient atteint un sommet trimestriel avec près de 89 618 BTC accumulés au premier trimestre – leur plus haut niveau depuis fin 2024 –, ce regain d’appétit ne suffit pas à dissiper l’anxiété ambiante. Le contraste entre stabilité apparente et fébrilité latente pourrait bien définir le climat crypto dans les semaines à venir.
En résumé
- •Les primes des options put Bitcoin ont atteint 4 points de base du volume spot, soit 3 fois le niveau de mi-2022.
- •Le ratio put/call open interest a culminé à 0,84, son plus haut niveau depuis juin 2021.
- •Les traders ont dépensé 685 millions de dollars en puts sur 30 jours, contre 562 millions pour les calls.
Les prochains jalons
Le marché surveillera de près l’évolution du ratio put/call open interest, qui a atteint un pic de 0,84, son plus haut niveau depuis juin 2021 : si ce niveau se maintient ou progresse lors des prochaines expirations mensuelles d’options, cela signalera une persistance de la demande de protection à la baisse malgré la stabilisation du prix autour de 70 000 $.
