Percée quantique : Google bouleverse la sécurité de Bitcoin et Ethereum

Symboles Bitcoin et Ethereum entourés de circuits quantiques lumineux dans un décor de salle de rédaction.
Sarah Attias | BITCOIN | Il y a 4 jours

Quand neuf minutes suffisent à hacker Le dernier whitepaper de Google Quantum AI a mis en lumière une avancée qui inquiète l’écosystème crypto : un ordinateur quantique à horloge rapide pourrait extraire une clé privée à partir d’une clé...

Quand neuf minutes suffisent à hacker

Le dernier whitepaper de Google Quantum AI a mis en lumière une avancée qui inquiète l’écosystème crypto : un ordinateur quantique à horloge rapide pourrait extraire une clé privée à partir d’une clé publique bitcoin en seulement neuf minutes. Ce chiffre n’est pas anodin, car le réseau Bitcoin valide un bloc toutes les dix minutes, laissant ainsi une fenêtre critique où un attaquant pourrait dérober des fonds avant même que la transaction ne soit confirmée.

Selon Justin Drake, chercheur à la Fondation Ethereum et co-auteur du papier, il existe désormais au moins 10% de chances qu’un ordinateur quantique puisse casser une clé privée ‘secp256k1’ exposée avant 2032, soit moins de dix ans pour préparer une riposte efficace.

La nouvelle course aux qubits

Les estimations sur la puissance nécessaire pour briser la cryptographie des blockchains majeures ont été radicalement revues à la baisse. Le whitepaper de Google propose une architecture capable de casser le problème ECDLP 256 bits utilisé par Bitcoin avec moins de 500 000 qubits physiques et environ 1 200 qubits logiques, à un taux d’erreur de 0,1 %. Jusqu’ici, la communauté tablait sur plusieurs millions, voire des dizaines de millions de qubits physiques pour atteindre ce seuil.

En septembre dernier, Caltech et Oratomic ont présenté un prototype d’ordinateur quantique à atomes neutres atteignant déjà 6 100 qubits physiques avec une précision de 99,98 %.

Dolev Bluvstein, cofondateur d’Oratomic, estime que des machines pratiques pourraient voir le jour avant la fin de la décennie. Leur approche utilise des atomes piégés contrôlés par laser comme qubits, et leur recherche suggère que l’algorithme de Shor — utilisé pour casser les schémas cryptographiques modernes — pourrait être exécuté avec environ 10 000 à 22 000 qubits atomiques reconfigurables. Cette réduction drastique du nombre de qubits nécessaires accélère la transition vers un risque réel pour les blockchains publiques.

Ce qui menace vraiment les portefeuilles

L’enjeu n’est pas théorique : près de 6,9 millions de bitcoins (soit environ un tiers du total en circulation), dont plus de 1,7 million issus des premières années du réseau, sont stockés dans des portefeuilles dont les clés publiques sont déjà exposées. Ces fonds sont donc particulièrement vulnérables si un ordinateur quantique venait à émerger dans les années qui viennent. Le circuit quantique optimisé décrit par Google nécessiterait environ 100 millions de portes Toffoli et pourrait exécuter l’attaque en environ 1 000 secondes sur une plateforme supraconductrice moderne.

Ethereum n’échappe pas non plus au spectre quantique : sa sécurité repose également sur la cryptographie elliptique (secp256k1), exposant ainsi ses portefeuilles aux mêmes risques si leurs clés publiques ont été révélées lors d’une transaction antérieure. La rapidité avec laquelle ces avancées se multiplient force désormais les développeurs d’Ethereum comme ceux du Bitcoin Core à envisager sérieusement une migration vers des schémas post-quantiques.

Pourquoi les experts parlent de 2032

Justin Drake estime aujourd’hui que la probabilité d’une attaque quantique réussie sur Bitcoin ou Ethereum d’ici 2032 est d’au moins 10 %. Ce chiffre s’appuie sur les progrès accélérés du matériel quantique observés ces deux dernières années : Google a avancé sa feuille de route à l’horizon 2029 et Oratomic table aussi sur cette décennie pour voir apparaître des machines tolérantes aux fautes capables d’exécuter l’algorithme de Shor à grande échelle. Les systèmes actuels nécessitent encore environ mille qubits physiques pour chaque qubit logique fiable, mais ce rapport s’améliore rapidement grâce aux innovations en matière d’erreurs et de cohérence.

Il reste incertain que ces machines soient accessibles ou opérationnelles dès cette date pour des acteurs malveillants ; cependant le simple fait que le seuil technique soit désormais jugé atteignable avant même 2035 change radicalement la perception du risque parmi les détenteurs et développeurs crypto.

Ces annonces interviennent alors que le prix du bitcoin reste volatil face aux incertitudes technologiques et réglementaires.

Pourquoi ça compte

Pour l’écosystème crypto, l’enjeu dépasse le simple débat technique : il s’agit désormais d’une course contre la montre pour sécuriser plusieurs milliards d’euros stockés dans des portefeuilles vulnérables. Les développeurs doivent intégrer dès maintenant des solutions post-quantiques pour éviter un scénario où neuf minutes suffiraient à vider intégralement certains wallets historiques. Du côté institutionnel, cette menace pourrait ralentir l’adoption ou pousser certains acteurs à privilégier des blockchains déjà prêtes pour l’ère post-quantique.

Chez decrypt.co on note que Caltech et Oratomic ont déjà atteint plus de 6 000 qubits physiques en laboratoire dès septembre dernier — preuve concrète que le risque n’est plus cantonné aux laboratoires théoriques mais commence à se matérialiser réel.

Ce que le marché n'a pas encore tranché

Il reste incertain si un ordinateur quantique capable de dériver une clé privée bitcoin en neuf minutes, comme décrit dans le whitepaper de Google Quantum AI, sera effectivement opérationnel avant la feuille de route annoncée pour 2029 ou la probabilité de 10% évoquée pour 2032 par Justin Drake. Si un tel système devient accessible avant que des mesures post-quantiques ne soient déployées, environ 6,9 millions de bitcoins dont les clés publiques sont déjà exposées pourraient être vulnérables immédiatement.

À propos de l'auteur

Sarah Attias

Sarah Attias

Contributrice éditoriale – Médias & adoption crypto

Contributrice éditoriale apportant une lecture orientée médias, communication et adoption des technologies crypto. Les contenus analysent les stratégies de marque, les dynamiques de marché et la manière dont les entreprises structurent leur discours autour du Bitcoin, de la blockchain et des actifs numériques.