Moins de qubits, plus de danger
L’informatique quantique, longtemps considérée comme une menace lointaine pour la cryptographie, vient de se rapprocher à grands pas. Selon des recherches publiées ce lundi par Google et Caltech, casser la sécurité de Bitcoin pourrait demander bien moins de puissance que prévu : là où le consensus évoquait plusieurs millions de qubits physiques, les nouveaux calculs avancent désormais un seuil sous les 500 000 qubits. Plus frappant encore, Caltech estime que 10 000 à 20 000 qubits atomiques reconfigurables pourraient suffire à briser la cryptographie à courbe elliptique qui protège aujourd’hui Bitcoin et Ethereum.
En septembre dernier, Caltech a présenté un ordinateur quantique à atomes neutres doté de 6 100 qubits et d’une précision de 99,98 %. Ce dispositif, développé avec la startup Oratomic, démontre que le cap des 10 000 qubits n’est plus hors d’atteinte. Dolev Bluvstein, CEO d’Oratomic, souligne que les systèmes actuels dépassent déjà parfois les 6 000 qubits physiques en laboratoire. L’écart entre théorie et pratique se réduit donc dangereusement pour les défenseurs des cryptomonnaies.
Le testnet du protocole Naoris a déjà traité plus de 100 millions de transactions avant même le lancement officiel du mainnet.
Bitcoin face à l’horloge quantique
Pour la première fois, des chercheurs chiffrent une date butoir précise pour agir : Craig Gidney chez Google recommande une migration vers la cryptographie post-quantique avant 2029, tandis que Justin Drake estime à 10 % la probabilité qu’un ordinateur quantique capable de casser Bitcoin voie le jour d’ici 2032.
La vulnérabilité ne concerne pas seulement les portefeuilles inactifs mais aussi les transactions en temps réel. Lorsqu’un utilisateur envoie du bitcoin, sa clé publique est brièvement exposée sur le réseau. Une machine quantique suffisamment puissante pourrait alors intercepter cette clé et générer une signature frauduleuse avant que la transaction ne soit confirmée. Ce scénario n’est pas théorique : Google a détaillé deux méthodes d’attaque exploitant cette fenêtre critique avec seulement 1 200 à 1 450 qubits de haute qualité.
Le compte à rebours a donc commencé pour l’ensemble des blockchains reposant sur la cryptographie classique.
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Naoris : la riposte post-quantique s’organise
Face à cette urgence, certains acteurs prennent les devants. Le protocole Naoris vient ainsi de lancer son mainnet accessible sur invitation, basé sur une cryptographie post-quantique validée par le NIST (National Institute of Standards and Technology). Son testnet avait déjà traité plus de 100 millions de transactions avant lancement officiel et détecté des centaines de millions d’événements de sécurité potentiels. Le réseau utilise un modèle innovant baptisé distributed proof of security (dPoSec) et s’appuie sur le token NAORIS pour soutenir ses opérations.
Soutenu notamment par Draper Associates, Naoris fait figure d’avant-garde dans la course à l’armement cryptographique. Les standards du NIST servent ici de référence pour anticiper des attaques encore théoriques mais jugées plausibles avant la fin de la décennie.
Google rebat les cartes de la sécurité
L’étude menée par Google Quantum AI change le cadre dans l’industrie crypto. L’équipe a publié un whitepaper exposant deux scénarios concrets permettant d’attaquer Bitcoin avec environ 1 200 à 1 450 qubits hautement fiables — bien en-deçà des estimations précédentes qui tablaient sur plusieurs millions. Cette réduction drastique du seuil technique donne un nouvel élan au débat sur la migration vers des algorithmes résistants au quantique.
Selon coindesk.com, Google avait déjà évoqué l’année 2029 comme échéance plausible pour voir émerger des ordinateurs quantiques « utiles » capables de menacer directement Bitcoin ou Ethereum. Les chercheurs insistent : il faut anticiper et migrer avant cette date charnière.
Pour rappel, aucun ordinateur quantique capable de casser réellement la cryptographie n’existe aujourd’hui selon Alex Thorn (Galaxy Digital), mais les progrès récents montrent que l’industrie ne peut plus se permettre d’attendre passivement.
Combien de temps reste-t-il à Bitcoin ?
La question du calendrier reste ouverte mais gagne en acuité avec ces nouvelles estimations. Si le marché n’a pas encore réagi brutalement au niveau du prix du bitcoin — qui reste volatil autour des niveaux historiques — certains investisseurs institutionnels surveillent déjà ces développements technologiques avec inquiétude.
Des gouvernements et entreprises majeures ont commencé leur transition vers des solutions post-quantiques dès cette année. Mais côté crypto grand public, peu d’acteurs majeurs ont annoncé un plan concret pour basculer leur infrastructure avant l’échéance critique identifiée par Google et Caltech.
D’après le secteur académique, il est incertain que tous les détenteurs historiques migrent leurs fonds dans les délais nécessaires si une menace avérée émergeait rapidement. La coordination mondiale reste donc le défi central pour éviter une crise systémique sur Bitcoin et Ethereum dans moins d’une décennie.
Points de vigilance
Selon Google, il faudrait migrer vers la cryptographie résistante au quantique avant 2029, date à laquelle l’apparition d’ordinateurs quantiques capables de casser la sécurité de Bitcoin reste incertaine mais est estimée à 10 % par certains chercheurs ; si cette migration n’est pas amorcée à temps, des transactions Bitcoin pourraient être vulnérables dès la révélation temporaire de leur clé publique.

