L’Allemagne en tête des licences MiCA
À la veille de la date butoir du 1er juillet 2024, l’Union européenne a déjà approuvé 244 licences MiCA pour des fournisseurs de services sur actifs numériques (CASP). L’Allemagne domine ce classement avec 57 entreprises autorisées, soit près d’un quart du total, devant la France qui en compte 26. Ce leadership allemand s’explique par la taille de son secteur financier et par l’existence d’un régime national antérieur qui a facilité la transition vers les nouvelles règles européennes.
La France ne reste pas à la traîne : entre le 18 et le 22 juin dernier, elle a délivré cinq nouvelles autorisations à des acteurs comme Bpifrance Investissement ou Paymium. Les Pays-Bas s’affirment aussi comme un pôle dynamique. À l’inverse, plusieurs pays comme la Grèce, la Hongrie ou le Portugal n’avaient encore attribué aucune licence MiCA à la fin juin, ce qui laisse planer une incertitude pour les sociétés opérant dans ces juridictions.
Binance plie bagage, les rivaux s’activent
La pression réglementaire pousse certains géants à revoir leur stratégie. Binance a retiré sa demande d’autorisation en Grèce il y a quelques jours et va limiter ses services pour ses clients européens. Selon theblock.co, Changpeng Zhao (CZ), fondateur de Binance, affirme que leur dossier était « entièrement conforme » et presque validé avant que des « forces politiques » ne viennent perturber le processus – sans plus de détails sur ces interventions extérieures.
Le 1er juillet 2024 marque le début de l’application des restrictions MiCA dans toute l’Union européenne.
Face à ce retrait, OKX et Coinbase se sont engouffrés dans la brèche en proposant respectivement des bonus de 8 % et 5 % sur les nouveaux dépôts ou transferts pour attirer les utilisateurs orphelins de Binance.
Kraken n’est pas en reste : l’exchange américain propose un tirage au sort doté d’un prix de 1,1 million de dollars pour tout dépôt en euros réalisé avant le 13 juillet. Bybit Global limite également l’accès à ses services pour les utilisateurs européens dès cette semaine, alors que Bybit EU continue via sa licence autrichienne. Cette redistribution forcée des cartes crée une compétition féroce entre plateformes pour capter les flux migratoires d’utilisateurs où l’incertitude réglementaire règne dans plusieurs États membres.
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Dubaï, nouvel eldorado des cryptos européennes
Le durcissement du cadre européen provoque une vague d’exil vers des juridictions jugées plus accueillantes. Irina Heaver, avocate basée à Dubaï chez NeosLegal, révèle que son cabinet traite plus de 120 demandes hebdomadaires émanant d’entreprises ou fondateurs cherchant à s’installer aux Émirats arabes unis – dont environ la moitié proviennent d’Europe (Espagne, Italie, Allemagne, Suisse ou Royaume-Uni). Ce flux migratoire s’est accéléré depuis dix-huit mois, bien avant même l’entrée en vigueur du règlement MiCA.
Pour beaucoup d’acteurs crypto européens, Dubaï apparaît comme une alternative stratégique face aux exigences croissantes imposées par Bruxelles. La réglementation sur les stablecoins est déjà appliquée depuis un an dans l’UE ; cela a servi de signal d’alarme pour anticiper les prochaines étapes du calendrier MiCA qui prévoit une généralisation des agréments obligatoires d’ici juillet 2026.
Erald Ghoos, PDG d’OKX Europe, estime que jusqu’à 80 % des entreprises crypto pourraient ne pas survivre à cette transition réglementaire et seraient contraintes de quitter l’Union européenne. Ce chiffre illustre le choc potentiel attendu sur l’écosystème continental si la majorité des acteurs ne parviennent pas à se mettre en conformité dans les délais impartis.
Ruée vers les bonus chez les exchanges
La concurrence entre plateformes s’intensifie autour des utilisateurs européens affectés par les nouvelles restrictions. Le lendemain du retrait de Binance en Grèce, OKX a lancé une offre promotionnelle inédite : un bonus pouvant atteindre 8 % sur tous nouveaux dépôts ou transferts réalisés via sa plateforme. Coinbase a emboîté le pas avec une prime similaire fixée à 5 %, valable jusqu’au 13 juillet prochain. Ces offres visent clairement à séduire ceux qui cherchent une nouvelle solution conforme au droit européen après avoir perdu accès aux services historiques proposés par Binance ou Bybit.
Kraken adopte une stratégie différente mais tout aussi agressive : chaque dépôt en euros donne accès à un tirage au sort offrant jusqu’à 1,1 million de dollars. La multiplication de ces initiatives promotionnelles souligne combien la bataille pour capter le marché européen est devenue frontale depuis la mise en œuvre effective du règlement MiCA ce lundi.
Les volumes échangés sur certains tokens ont connu des pics inhabituels depuis le début de semaine alors que les investisseurs déplacent leurs fonds vers des plateformes régulées.
Pourquoi ça compte
La date du 1er juillet change le cadre concret pour tous les acteurs du secteur crypto opérant dans l’Union européenne : sans licence MiCA délivrée par un régulateur national – comme BaFin en Allemagne ou l’AMF en France – il devient impossible de proposer légalement ses services aux particuliers européens. Cette réalité force non seulement les entreprises à choisir entre conformité coûteuse et exil stratégique mais bouleverse aussi le quotidien de millions d’utilisateurs privés soudainement d’accès à leurs plateformes favorites.
Ce qu'on en retient
- •Au 28 juin 2024, 244 licences MiCA ont été délivrées dans l’UE, dont 57 en Allemagne et 26 en France.
- •Les restrictions MiCA s’appliquent dès le 1er juillet 2024, poussant Binance à retirer sa demande et limiter ses services en Europe.
- •OKX propose un bonus de 8 % sur les nouveaux dépôts et Coinbase offre 5 % avant le 13 juillet 2024 pour attirer les utilisateurs européens.
Les points clés à venir
Le 1er juillet 2024 marque l'entrée en vigueur des restrictions MiCA dans l'Union européenne, date à laquelle Binance et Bybit commenceront à limiter leurs services pour les utilisateurs de l'UE, tandis que Coinbase offre un bonus de transfert de 5 % jusqu'au 13 juillet 2024 ; la capacité des entreprises à obtenir une licence MiCA d'ici cette échéance reste incertaine dans plusieurs pays comme la Grèce, la Hongrie, la Pologne, le Portugal et la Roumanie, où aucune licence n'avait encore été délivrée au vendredi précédent.
