Le pari ambitieux de Standard Chartered
La banque britannique Standard Chartered bouscule les attentes du marché crypto en visant un prix de 200 dollars pour le token Chainlink (LINK) d’ici fin 2030, alors qu’il s’échangeait autour de 8 dollars début juin. Cette prévision repose sur la conviction que la tokenisation des actifs réels – c’est-à-dire la représentation numérique sur blockchain d’actifs comme les actions, obligations ou immobilier – va exploser dans les prochaines années. D’après Geoff Kendrick, responsable mondial de la recherche sur les actifs numériques chez Standard Chartered, la valeur totale des actifs tokenisés on-chain pourrait passer de 340 milliards de dollars aujourd’hui à 4 000 milliards d’ici fin 2028.
Cette projection place Chainlink au cœur de l’infrastructure technique qui doit permettre cette croissance. La banque considère que le projet détient les "rails" nécessaires pour relier la finance traditionnelle et décentralisée, grâce à ses oracles décentralisés capables de transmettre des données fiables entre blockchains et systèmes externes.
En juillet, le volume de trading de RWA tokenisés sur les DEX a atteint 141 milliards de dollars, un record mensuel.
De 8 $ à 200 $ : la trajectoire LINK
Standard Chartered ne se limite pas à une cible lointaine : elle détaille plusieurs étapes-clés pour le prix du LINK, avec des jalons à 13 dollars fin 2024, puis 41 dollars en 2027, 82 dollars en 2028, et enfin 133 dollars en 2029 avant d’atteindre le seuil symbolique des 200 dollars l’année suivante.
Pour mémoire, le token évoluait autour de 7,47 dollars début juin. Cette feuille de route s’appuie sur une multiplication attendue par 37 du volume d’actifs crypto-natifs et tokenisés déployés dans la finance décentralisée (DeFi), qui pourrait atteindre selon la banque jusqu’à 2 700 milliards de dollars d’ici fin 2030. Un chiffre qui reflète l’ambition du secteur mais aussi sa dépendance aux grandes tendances institutionnelles.
En juillet dernier, le volume mensuel de trading sur les DEX (échanges décentralisés) portant sur des RWA a atteint un record de 141 milliards de dollars, soit une hausse mensuelle notable de près de 20 %, principalement portée par les actions publiques tokenisées. Cette dynamique alimente l’optimisme autour du rôle central que pourrait jouer Chainlink dans ce nouvel écosystème.
Voir Aussi
Chainlink, pilier des oracles décentralisés
Aujourd’hui, Chainlink sécurise plus de 110 milliards de dollars en valeur totale sur différentes blockchains, couvrant environ 70 % de la valeur DeFi mondiale dépendante des oracles et plus de 80 % sur Ethereum.
La domination technologique du projet se traduit aussi par son adoption institutionnelle : parmi ses utilisateurs figurent Swift, DTCC, Euroclear ou encore JP Morgan et Mastercard. Cette intégration avec des acteurs majeurs du secteur financier traditionnel renforce sa légitimité comme infrastructure incontournable pour la finance tokenisée. Par comparaison, Chronicle – deuxième fournisseur d’oracles selon DefiLlama – ne sécurise "que" 7,36 milliards de dollars.
Suite à un exploit massif ayant touché KelpDAO en avril (292 millions perdus), plus de 7 milliards de dollars ont migré depuis les bridges traditionnels vers Chainlink CCIP (Cross Chain Interoperability Protocol). Sur le deuxième trimestre, le volume trimestriel traité par CCIP a bondi à près de cinq milliards de dollars (+353 % sur un an), illustrant une tendance nette vers plus de sécurité et d’interopérabilité dans l’écosystème DeFi.
Les risques d’un scénario trop optimiste
Si Standard Chartered affiche un optimisme marqué pour Chainlink et l’ensemble du secteur RWA, plusieurs incertitudes subsistent. Un rythme plus lent que prévu dans l’adoption institutionnelle ou une concurrence accrue pourraient freiner la progression du prix du LINK. D’autres fournisseurs d’oracles cherchent en effet à grappiller des parts de marché alors que la valeur sécurisée par Chainlink reste très supérieure mais pas totalement incontestée.
Des problèmes techniques majeurs pourraient également remettre en cause ce scénario haussier. Selon cointelegraph.com, ces risques sont explicitement mentionnés dans le rapport comme pouvant peser sur la trajectoire future du prix si jamais ils se matérialisaient à grande échelle.
Enfin, il est peu clair si tous les acteurs institutionnels adopteront massivement Chainlink ou si certains privilégieront des solutions concurrentes ou internes à moyen terme.
La course à la tokenisation s’accélère
Le mois dernier a confirmé l’accélération du mouvement : le trading mensuel sur les DEX liés aux actifs réels tokenisés a progressé fortement (+19,5 %), principalement porté par l’arrivée massive d’actions publiques sous forme numérique. Ce contexte nourrit un engouement croissant autour des infrastructures capables d’assurer sécurité et interopérabilité entre blockchains et institutions financières classiques.
Dans cette perspective chiffrée et concrète, le scénario LINK à 200 dollars n’apparaît pas irréaliste mais dépendra largement du rythme effectif d’adoption institutionnelle et des avancées techniques réalisées par Chainlink face à ses concurrents directs.
Les étapes-clés du prix selon Kendrick
Geoff Kendrick détaille une progression par paliers pour LINK : après une cible à court terme fixée à 13 dollars pour fin décembre prochain, il anticipe une montée régulière jusqu’à atteindre progressivement les niveaux visés pour chaque année charnière (41 $ en 2027 ; 82 $ en 2028 ; puis au-delà). Cette approche séquencée vise à coller au développement attendu du marché RWA ainsi qu’à l’évolution réglementaire qui pourrait accompagner cette mutation financière majeure.
Le résumé express
- •Standard Chartered prévoit que le prix du LINK atteindra 200 $ d’ici fin 2030, contre environ 8 $ actuellement.
- •La valeur des actifs réels tokenisés pourrait passer de 340 milliards $ aujourd’hui à 4 000 milliards $ d’ici fin 2028.
- •Chainlink sécurise plus de 110 milliards $ de valeur, couvrant environ 70 % de la DeFi dépendante des oracles.
Les signaux à court horizon
Standard Chartered prévoit une première étape à 13 $ pour LINK d’ici fin 2024, alors que le trading de RWA tokenisés sur les DEX a atteint un record de 141 milliards de dollars en juillet ; si ce seuil n’est pas franchi d’ici la date indiquée, la trajectoire anticipée par la banque reste incertaine à court terme.

