Wall Street s’y met, mais prudemment
Les grandes banques américaines ne veulent pas rater le virage de la tokenisation, mais elles avancent à petits pas.
Morgan Stanley suit également l’évolution du secteur sans annoncer de projets publics majeurs à ce jour.
Le marché tokenisé ne dort jamais
L’un des attraits majeurs de la tokenisation concerne la disponibilité quasi-permanente des marchés. Selon Blockworks cité par The Kobeissi Letter, plus de 70 % du volume d’échanges sur les actions tokenisées sur BNB Chain se produit en dehors des horaires officiels de Wall Street (9h30–16h00 EST). Sur Solana et Base, ces pourcentages restent élevés : respectivement 63 % et près de 60 %. Cette flexibilité attire une nouvelle génération d’investisseurs qui souhaitent accéder aux marchés mondiaux sans contrainte horaire.
La valeur totale des actions tokenisées a grimpé de 15 % en un mois pour atteindre près de 3,3 milliards de dollars selon RWA.xyz. Jupiter rapporte également une hausse de 50 % du volume mensuel sur ces actifs. Mais malgré cette croissance rapide, les plateformes comme xStocks ou Ondo Global Markets demeurent largement inaccessibles aux investisseurs américains ordinaires.
Des actions, mais aussi des crédits
La tokenisation ne se limite pas aux actions : bons du Trésor américain, crédits et matières premières migrent eux aussi progressivement vers la blockchain.
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Les fonds arrivent plus vite qu’avant
D’après le secteur bancaire traditionnel, l’un des avantages concrets observés concerne la rapidité des transferts. Chez Wells Fargo, les paiements transfrontaliers avec dépôts tokenisés permettent désormais un règlement en deux minutes ou moins – une rupture par rapport aux délais habituels qui peuvent dépasser 24 heures dans le système classique. Ce service est déjà en production même si les volumes traités restent modestes à ce stade.
Dans le secteur des paiements par carte liés aux stablecoins (cryptomonnaies stables adossées au dollar ou à l’euro), Visa signale plus de 160 programmes actifs au 1er octobre dernier. Le volume global a bondi de près de 200 % sur un an. En Colombie par exemple, via le partenariat entre Visa et Bridge, il est possible pour un client de payer en stablecoin tandis que le commerçant reçoit directement des pesos colombiens – Bridge gère toute la conversion en coulisses.
Qui profite vraiment du boom tokenisé ?
Si la croissance est indéniable côté volumes et innovation technique – comme l’illustre l’augmentation mensuelle du trading d’actions tokenisées ou le développement accéléré des cartes liées aux stablecoins –, la question centrale reste celle des bénéficiaires réels. Dans un article publié par coindesk.com, on note que le rapport "Breaking the Wall" du cabinet Citrini Research soulève explicitement ce point : les infrastructures techniques (comme Bridge ou Wirex), les émetteurs (Visa) et parfois même plusieurs intermédiaires se partagent les revenus issus des frais sur chaque transaction ou conversion.
Le nom affiché sur une carte stablecoin n’indique pas toujours toutes les sociétés impliquées dans le traitement du paiement : certains acteurs tirent leur épingle du jeu dans l’ombre grâce à leur rôle dans la chaîne logistique financière. Par ailleurs, la SEC américaine commence tout juste à autoriser certaines plateformes à négocier légalement des actions américaines sous forme tokenisée via une exemption d’innovation – mais cela impose des conditions strictes en matière d’information et de protection pour les actionnaires.
Pour l’instant, il n’est pas clair si cette dynamique profitera surtout aux géants bancaires historiques qui investissent dans leurs propres solutions propriétaires ou si elle ouvrira durablement le marché à une pluralité d’acteurs fintech spécialisés.
Les variables à suivre
La prochaine étape clé sera l’impact de l’exemption d’innovation introduite par la SEC américaine, qui permet à certaines plateformes de négocier des actions américaines tokenisées sur des blockchains publiques sous conditions, mais dont la portée exacte et les bénéficiaires restent incertains à ce stade.

