Le Sénat freine la monnaie numérique
Lundi soir, le Sénat américain a adopté à une écrasante majorité (85 voix contre 5) le "21st Century ROAD to Housing Act", un projet de loi principalement centré sur l’offre de logements mais qui inclut une mesure inattendue : une interdiction formelle pour la Réserve fédérale d’émettre ou de développer une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) jusqu’à la fin 2030. Cet amendement, ajouté en dernière minute pour rallier les élus républicains et l’exécutif, interdit à la Fed toute création directe ou indirecte d’un actif numérique similaire.
Le texte interdit explicitement à la Fed ou à toute banque fédérale d’émettre une CBDC ou un actif numérique similaire jusqu’au 31 décembre 2030.
La Chambre des représentants doit encore se prononcer, mais son approbation rapide est anticipée par plusieurs observateurs, ce qui rend cette suspension quasi certaine pour les six prochaines années.
La Fed officiellement mise à l’écart
Kevin Warsh, nommé récemment à la présidence de la Réserve fédérale, s’est clairement positionné lors de son audition au Congrès : il s’oppose catégoriquement à l’émission d’une CBDC américaine. Cette déclaration fait écho à la réalité institutionnelle puisque, selon les documents parlementaires, aucun projet concret n’était en cours à la Fed concernant un dollar numérique. Le texte voté précise que même après 2030, aucune initiative ne pourra être lancée sans feu vert explicite du Congrès.
L’administration Trump avait déjà verrouillé le sujet en janvier 2025 avec un décret interdisant toute avancée vers une CBDC fédérale.
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Les stablecoins échappent à l’interdiction
Un point clé du texte adopté concerne les exceptions prévues : les stablecoins et autres monnaies numériques libellées en dollars, dès lors qu’elles sont ouvertes, sans permission et privées, ne sont pas concernées par le moratoire. Cette distinction vise notamment à protéger l’écosystème crypto privé tout en bloquant toute initiative publique fédérale sur le sujet. D’après cointelegraph.com, cette clause a été cruciale pour obtenir le soutien des républicains et garantir l’adoption du projet de loi.
Cette séparation nette entre projets privés et publics illustre la volonté du Congrès de privilégier l’innovation décentralisée tout en maintenant un contrôle strict sur les initiatives étatiques liées au dollar digital.
Les volumes de crypto en berne
Ce contexte politique intervient alors que les marchés crypto traversent une période de ralentissement notable : en mai dernier, les volumes combinés d’échanges sur plateformes ont reculé de 3,45 % pour s’établir à 4,41 trillions de dollars américains, leur plus bas niveau depuis septembre 2024. Cette contraction témoigne d’un climat d’attentisme sur le secteur aux États-Unis alors que l’incertitude réglementaire persiste autour des actifs numériques officiels.
Certains acteurs du marché voient dans ce gel temporaire une occasion pour les solutions privées de consolider leur place pendant que le débat public reste suspendu. Mais il est encore trop tôt pour mesurer si cette pause forcée favorisera durablement l’écosystème existant ou si elle freinera l’innovation sur le long terme.
La Chine avance, les États-Unis temporisent
Pendant que Washington impose ce moratoire jusqu’en 2030, Pékin accélère : selon Reuters relayé mi-juin, la Chine a intégré 26 institutions financières supplémentaires à sa plateforme transfrontalière utilisant le yuan numérique (e-CNY). Ce contraste souligne la divergence stratégique entre les deux premières puissances économiques mondiales sur le terrain des monnaies digitales souveraines.
comment ce choix américain influencera la compétitivité du dollar face aux avancées étrangères dans le domaine des monnaies numériques officielles. Pour l’heure, c’est incertain : aucun calendrier n’est fixé pour une éventuelle reprise des travaux côté américain après 2030 et toute évolution dépendra d’un vote explicite du Congrès.
Ce qui reste incertain
L'adoption définitive du 21st Century ROAD to Housing Act, incluant l'interdiction de la Fed de créer une CBDC jusqu'à fin 2030, reste incertaine tant que la Chambre des représentants n'a pas voté le texte ; si la Chambre approuve rapidement, la mesure entrera en vigueur immédiatement.

