Acquisition record de TeraWulf au Kentucky : l’IA dope-t-elle vraiment la valeur crypto ?

Composition géométrique abstraite de pièces numériques, graphiques en hausse et réseaux interconnectés symbolisant l’IA.

Le bond spectaculaire de l’action WULF

Mardi matin, l’action TeraWulf (WULF) a enregistré une hausse fulgurante, grimpant jusqu’à 13,6 % et atteignant près de 26 dollars, soit son plus haut niveau en près de trois semaines.

La séance boursière a également profité à d’autres acteurs du secteur : Hut 8 a progressé de 7 %, Keel Infrastructure de 6,5 % et Cipher Mining de 5,5 %. L’effet d’entraînement n’a pas concerné que les pure players du minage : Micron s’est envolé de 15 % sur fond de demande IA pour la mémoire, tandis qu’AMD a battu ses propres records historiques.

Pour WULF, cette volatilité s’inscrit dans une tendance où les annonces autour des capacités IA et HPC sont scrutées par les investisseurs. La réaction rapide du marché souligne à quel point la stratégie IA est désormais perçue comme un relai majeur de croissance pour les sociétés historiquement centrées sur le Bitcoin.

Le Muskie Data Campus en chiffres

Le site acquis par TeraWulf auprès d’Industrial Equity Partners porte le nom de “Muskie Data Campus” et se situe dans le parc industriel EastPark, dans le nord-est du Kentucky. Il comprend environ 285 acres détenus et contrôlés, avec des terrains adjacents disponibles pour une extension future. La capacité visée dépasse le gigawatt : la première tranche de 500 mégawatts devrait être opérationnelle dès le second semestre 2028, suivie d’une seconde tranche équivalente attendue à l’horizon 2030.


La sous-station de 345 kV destinée au campus est en construction et doit être raccordée au réseau régional de 765 kV d’ici fin 2025.

La zone est déjà zonée pour cet usage spécifique et bénéficie d’un raccordement énergétique stratégique grâce à une sous-station de 345 kilovolts en construction par Kentucky Power, cnonectée au réseau régional à très haute tension (765 kV).

Ce choix logistique permet à TeraWulf d’envisager sereinement une montée en puissance progressive. Selon decrypt.co, au premier trimestre 2024, les revenus issus du calcul IA ont déjà dépassé ceux générés par le minage traditionnel sur certains sites du groupe.

Qui soutient financièrement TeraWulf

L’expansion rapide du groupe ne serait pas possible sans des partenaires financiers solides. Un financement structuré de trois milliards de dollars avait été arrangé dès septembre dernier par Morgan Stanley, avec Google comme garant principal pour la dette. Cette enveloppe doit permettre non seulement l’acquisition du site mais aussi sa transformation en campus hyperscale dédié à l’intelligence artificielle et au calcul intensif.

TeraWulf figure aujourd’hui parmi les dix principales positions (10,86 %) au sein de l’ETF CoinShares Bitcoin Mining (WGMI), ce qui témoigne d’un intérêt institutionnel marqué pour sa stratégie hybride entre minage crypto et services HPC/IA. Les revenus liés au calcul haute performance ont progressé de 117 % lors du dernier trimestre, portés principalement par le site Lake Mariner dans l’État de New York.

Pourquoi le Kentucky attire les data centers

Le choix du Kentucky n’est pas anodin : outre la disponibilité foncière avec plus de 285 acres sécurisés rien que pour ce projet, la région offre un accès facilité à des infrastructures électriques robustes et évolutives.

Kentucky Power investit actuellement dans une sous-station massive afin d’alimenter le Muskie Data Campus via un réseau déjà dimensionné pour absorber des pics de consommation avoisinant le gigawatt. D’après bitcoinmagazine.com, TeraWulf dispose déjà d’un autre campus dans l’État — Justified Data campus (480 MW) — ce qui renforce sa présence locale et optimise ses synergies logistiques.

Les autorités locales voient dans ces projets une opportunité pour redynamiser des zones industrielles parfois sous-utilisées depuis la désindustrialisation. Toutefois, il reste incertain si cette dynamique profitera durablement aux communautés voisines ou si elle se limitera aux acteurs privés impliqués.

Un pari risqué mais assumé

Malgré la hausse des revenus HPC (+117 % sur un trimestre), TeraWulf a affiché une perte nette conséquente de 427 millions de dollars lors du dernier exercice.

La course aux gigawatts s’accélère

L’annonce du Muskie Data Campus intervient alors que la compétition entre opérateurs s’intensifie autour des capacités énergétiques dédiées à l’IA. Le calendrier fixé par TeraWulf — avec une première tranche opérationnelle dès fin 2028 puis doublement en deux ans — reflète un pari sur une croissance continue des besoins en puissance informatique spécialisée. Ce mercredi encore, plusieurs valeurs liées à l’IA ou au minage affichaient des progressions notables en Bourse, illustrant cette ruée vers la puissance brute.

Cependant, la rentabilité reste fragile : malgré des revenus IA désormais supérieurs à ceux issus du Bitcoin chez TeraWulf au premier trimestre, la société doit encore convaincre que ses investissements massifs déboucheront sur un équilibre financier pérenne. D’après l’industrie énergétique américaine, ce type d’infrastructure pourrait aussi rencontrer des défis réglementaires ou environnementaux non négligeables à mesure que leur empreinte grandit.

Les facteurs de risque à venir

La mise en service des 500 premiers mégawatts du Muskie Data Campus n’est prévue qu’à partir du second semestre 2028, ce qui laisse incertain l’impact immédiat de cette acquisition sur les revenus de TeraWulf, alors que la société a enregistré une perte nette de 427 millions de dollars au dernier trimestre.