Bitchat de Jack Dorsey retirée par Apple en Chine sous pression de Pékin

Illustration minimaliste d’un smartphone avec une icône d’application disparaissant, drapeau chinois et code numérique.
Sarah Attias | REGULATIONS | Il y a 1 semaine

Apple sous pression du régulateur chinois Apple a confirmé le retrait de l’application Bitchat de son App Store en Chine, une décision prise à la demande expresse du régulateur chinois de l’internet, la Cyberspace Administration of China...

Apple sous pression du régulateur chinois

Apple a confirmé le retrait de l’application Bitchat de son App Store en Chine, une décision prise à la demande expresse du régulateur chinois de l’internet, la Cyberspace Administration of China (CAC). Ce retrait, intervenu en février selon les informations disponibles, concerne à la fois la version publique et la version TestFlight de l’application. D’après cointelegraph.com, la CAC a justifié cette mesure par une violation de l’Article 3 des règlements sur les services en ligne dotés de capacités d’opinion publique ou de mobilisation sociale, des règles qui encadrent strictement les outils numériques pouvant faciliter l’organisation collective dans le pays depuis 2018.

Bitchat reste cependant accessible dans le reste du monde via l’App Store d’Apple, ce qui traduit une restriction limitée pour l’instant au marché chinois sous la pression des autorités de Pékin.

Pourquoi la Chine se méfie de Bitchat

Bitchat, lancée en juillet 2023 par Jack Dorsey – fondateur de Twitter et actuel CEO de Block – se distingue par sa technologie décentralsiée. L’application fonctionne sans connexion internet classique : elle utilise uniquement Bluetooth et des réseaux mesh (maillés), permettant aux utilisateurs d’échanger messages et fichiers même lors de coupures réseau. Cette architecture peer-to-peer rend difficile toute surveillance ou censure centralisée, un point particulièrement sensible pour les autorités chinoises.

La CAC considère que ces fonctionnalités donnent à Bitchat un potentiel élevé pour organiser ou amplifier des mouvements sociaux hors du contrôle gouvernemental.


La Cyberspace Administration of China applique depuis 2018 l’Article 3 de ses règlements pour interdire les services en ligne jugés capables de mobilisation sociale.

Ce n’est pas la première fois que la Chine cible des outils numériques utilisés lors de mobilisations populaires. La réglementation mise en avant date précisément de 2018 et vise à prévenir tout usage d’applications susceptibles d’échapper au contrôle du Parti communiste sur le débat public ou la coordination collective.

Mobilisation sociale : la ligne rouge chinoise

L’utilisation concrète de Bitchat lors d’événements récents a sans doute renforcé les inquiétudes des autorités chinoises. L’application a servi lors de manifestations à Madagascar, en Ouganda, au Népal, en Indonésie et surtout en Iran, où elle a été adoptée pendant les protestations contre le régime. Plus récemment, Bitchat a enregistré plus de 92 000 téléchargements rien que la semaine dernière sur toutes les plateformes confondues, preuve d’une adoption croissante dans les contextes où l’accès à Internet est restreint ou surveillé.

Au total, Bitchat revendique plus de trois millions de téléchargements depuis son lancement mondial. Sur Google Play Store uniquement, elle dépasse déjà le cap du million d’installations, ce chiffre met en avant l’intérêt pour ses capacités à contourner les blocages traditionnels imposés par certains gouvernements.

La technologie mesh utilisée permet aux smartphones équipés de Bitchat de relayer des messages entre eux sur plusieurs centaines de mètres sans infrastructure centrale – un atout majeur lors des coupures réseau décidées par les pouvoirs publics.

Les limites de l’App Store face à Pékin

La décision d’Apple illustre une nouvelle fois les tensions entre multinationales américaines et exigences réglementaires locales. Apple s’est retrouvé contraint d’agir rapidement après avoir reçu notification officielle du régulateur chinois concernant Bitchat. La firme californienne a précisé que le retrait ne concernait que le territoire chinois et que l’application resterait disponible ailleurs – mais cette segmentation géographique rappelle combien l’App Store est vulnérable aux injonctions nationales lorsqu’il s’agit d’applications jugées sensibles.

Jack Dorsey n’a pas tardé à réagir publiquement après avoir été informé du retrait : il déplore une atteinte à la liberté numérique et rappelle que Bitchat n’a pas vocation à servir uniquement dans des contextes politiques tendus mais aussi comme outil résilient face aux catastrophes naturelles ou aux coupures accidentelles du réseau.

Bitchat résiste ailleurs qu’en Chine

Si la censure s’applique strictement en Chine continentale depuis février, aucune mesure similaire n’a été prise dans les autres juridictions où Apple opère.

Les prochains repères

Le retrait de Bitchat de l’App Store en Chine par Apple, à la demande de la Cyberspace Administration of China, a eu lieu en février (année non précisée) et concerne aussi bien la version App Store que TestFlight ; si Google reçoit une demande similaire concernant le Play Store, la disponibilité future de Bitchat sur Android en Chine reste incertaine.

À propos de l'auteur

Sarah Attias

Sarah Attias

Contributrice éditoriale – Médias & adoption crypto

Contributrice éditoriale apportant une lecture orientée médias, communication et adoption des technologies crypto. Les contenus analysent les stratégies de marque, les dynamiques de marché et la manière dont les entreprises structurent leur discours autour du Bitcoin, de la blockchain et des actifs numériques.