La France serre la vis à Polymarket
Le 16 juillet, l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) a donné l’ordre aux fournisseurs d’accès internet français de bloquer la plateforme Polymarket, qualifiée de site de jeux d’argent illégal.
L’ANJ reproche notamment à Polymarket de maintenir une page d’accueil accessible qui affiche en temps réel les cotes des paris, ce que le régulateur considère comme une promotion illégale des jeux d’argent sur le territoire.
Les conséquences financières pour les fournisseurs d’accès qui ne respecteraient pas cette injonction sont lourdes : l’amende peut atteindre 100 000 euros. En France, toute publicité pour un site de jeux non autorisé expose également à cette sanction maximale, soit environ 114 000 dollars.
En juin, Polymarket a enregistré 578 751 visites de 205 057 visiteurs uniques en France selon Similarweb, malgré l’interdiction des transactions financières depuis novembre 2024.
Enquête ouverte après plainte de Météo-France
L’affaire s’est accélérée début mai après une plainte déposée par Météo-France. L’organisme public a signalé la manipulation suspecte d’un capteur de température, soupçonnant un lien direct avec des paris météo organisés sur Polymarket. Ce signalement a conduit la section cybercriminalité du parquet de Paris à ouvrir une enquête dès le 4 mai.
Cette affaire met en lumière les risques concrets associés aux marchés de prédiction lorsqu’ils interfèrent avec des données publiques sensibles.
Au-delà du cas du capteur météo, l’ANJ s’inquiète aussi du manque total de contrôle d’identité (KYC) sur Polymarket. Une enquête judiciaire a été ouverte en mai 2026 pour examiner cette absence de vérification et ses implications potentielles sur le blanchiment ou la fraude.
Voir Aussi
Polymarket accusé de promouvoir l’addiction
Depuis février 2026, l’ANJ a officiellement requalifié les marchés de prédiction comme des jeux d’argent illégaux en France. Le régulateur pointe du doigt les mécanismes jugés addictifs proposés par Polymarket : aucune limite de mise n’est imposée et aucun outil d’auto-exclusion n’est disponible pour protéger les utilisateurs vulnérables.
D’après coindesk.com, cette offensive française s’inscrit international : entre 2025 et 2026, au moins quinze autres pays ou territoires – dont la Suisse, la Belgique, Singapour, le Brésil ou encore l’Allemagne – ont restreint ou bloqué l’accès à Polymarket. À ce jour, la plateforme indique être géobloquée dans 36 régions différentes.
La pression réglementaire ne se limite pas à l’Europe : le Kentucky a poursuivi cinq plateformes similaires pour exploitation illégale de paris sportifs dès juin dernier.
Le trading crypto en plein essor malgré tout
Malgré ces restrictions croissantes autour des marchés de prédiction et des plateformes comme Polymarket, le secteur crypto continue d’enregistrer une forte activité sur d’autres segments. En juin 2026, les volumes échangés sur les principales plateformes centralisées (CEX) ont augmenté pour la première fois depuis cinq mois : le volume spot a progressé de 15,3 % pour atteindre 1,11 trillion de dollars. Les produits dérivés liés aux actifs réels (RWA) ont même atteint un record avec 311 milliards de dollars échangés sur le mois.
Ce contraste souligne que si certains pans du marché sont sous pression réglementaire intense – notamment ceux assimilés à des jeux d’argent –, l’appétit pour le trading crypto ne faiblit pas chez les investisseurs français et internationaux. La résilience du secteur pourrait compliquer encore davantage la tâche des autorités cherchant à encadrer ses usages les plus controversés.
Les signaux à court horizon
Suite à l’ordre du 16 juillet de l’ANJ exigeant le blocage de Polymarket par les fournisseurs d’accès internet français, la rapidité et l’effectivité de la mise en œuvre technique restent incertaines ; si les FAI ne se conforment pas rapidement, ils s’exposent à des amendes pouvant atteindre 100 000 euros.

