Tether et l’Iran : le stablecoin USDT au cœur des tensions politiques

Symbole Tether stylisé au centre, balances de justice géométriques, documents flottants, éclairage volumétrique rouge et charbon.

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Sarah Attias | REGULATIONS | Il y a 3 semaines

Le Sénat américain hausse le ton Le lundi 10 juin 2024, un rapport du Permanent Subcommittee on Intelligence du Sénat américain a mis en lumière l’utilisation massive du stablecoin Tether (USDT) par le régime iranien pour contourner les...

Le Sénat américain hausse le ton

Le lundi 10 juin 2024, un rapport du Permanent Subcommittee on Intelligence du Sénat américain a mis en lumière l’utilisation massive du stablecoin Tether (USDT) par le régime iranien pour contourner les sanctions internationales. Ce rapport, publié par des élus démocrates, affirme que l’USDT est devenu une "bouée de sauvetage financière significative" pour la République islamique, facilitant la circulation de milliards de dollars hors du réseau bancaire traditionnel.

Les sénateurs s’inquiètent notamment d’un réseau bancaire parallèle basé sur les cryptomonnaies, piloté par Téhéran. Selon leurs estimations, ce dispositif aurait permis à l’Iran de réaliser environ 2 milliards de dollars de transactions en USDT rien qu’en 2023. Ce chiffre illustre l’ampleur prise par ce stablecoin dans la stratégie d’évitement des sanctions économiques internationales imposées au pays.

Des milliards d’USDT sous surveillance

L’enquête sénatoriale souligne que Tether n’a pas systématiquement gelé les portefeuilles désignés comme suspects par les autorités américaines ou israéliennes avant 2024, laissant passer des volumes considérables de fonds.

En avril 2026, Tether a toutefois gelé plus de 344 millions de dollars d’USDT liés à la Banque centrale d’Iran, et la société affirme avoir aidé à bloquer près de 550 millions de dollars en USDT liés à l’Iran au cours de la même année. Ces gels interviennent après plusieurs années durant lesquelles les mesures prises étaient jugées “inégales et incohérentes” par les enquêteurs. Par exemple, Israël avait désigné en juin 2023 trente-neuf portefeuilles liés à Tawfiq Muhammad Sa’id Al-Law ; seuls cinq avaient été gelés immédiatement par Tether, tandis que les trente-quatre restants ne l’ont été qu’en mars 2024, après une nouvelle sanction américaine. Entre temps, plus de 34,6 millions de dollars avaient quitté ces portefeuilles.

Près de 84 % des portefeuilles crypto sanctionnés pour des liens avec l’Iran ont transigé exclusivement ou quasi exclusivement en USDT.

Tether sous pression politique accrue

Face à ces révélations, le sénateur Richard Blumenthal a officiellement demandé au Trésor américain et au Département de la Justice (DOJ) d’ouvrir une enquête sur la conformité de Tether aux règles anti-blanchiment et aux sanctions internationales. Il exige une réponse avant le 9 octobre concernant les mesures prises par Tether pour empêcher son stablecoin d’être utilisé à des fins illicites. Cette pression politique s’ajoute aux critiques formulées dans le rapport selon lesquelles Tether aurait “à plusieurs reprises échoué” à bloquer efficacement les portefeuilles iraniens visés par les autorités compétentes.

tendu, Paolo Ardoino, PDG de Tether, insiste sur la coopération active avec les autorités américaines et internationales. Il rappelle que sa société a déjà contribué au gel de plus de 4,9 milliards de dollars d’actifs depuis sa création, dont plus de 2,4 milliards à la demande directe des Etats-Unis. Malgré ces efforts récents, le rapport sénatorial estime que la réaction tardive face aux demandes israéliennes et américaines a permis à certains réseaux iraniens ou affiliés d’échapper temporairement au contrôle.

La question se pose désormais : jusqu’où ira la pression réglementaire sur Tether alors que son stablecoin reste largement utilisé dans des zones sous sanctions ?

Les failles du contrôle des portefeuilles

D’après un article publié chez coindesk.com, le rapport sénatorial met en cause l’absence d’une politique cohérente et exhaustive chez Tether pour bloquer immédiatement tous les portefeuilles désignés comme suspects par les agences antiterroristes.

Un stablecoin devenu enjeu géopolitique

La centralité prise par USDT dans le système bancaire parallèle iranien illustre un déplacement inédit du pouvoir financier vers les émetteurs privés de stablecoins. Aujourd’hui, Cantor Fitzgerald détient environ 5 % du capital de Tether – un détail qui montre combien des acteurs financiers américains sont aussi exposés indirectement à ces enjeux internationaux. Jusqu’à récemment dirigée par Howard Lutnick, cette société se retrouve également mentionnée dans le rapport du Sénat.

Pour l’heure, il reste incertain si Tether pourra convaincre Washington et ses alliés qu’il maîtrise pleinement l’usage géopolitique qui est fait de son jeton vedette. Mais une chose est claire : la surveillance autour d’USDT n’a jamais été aussi intense ni aussi politisée.

Ce que le marché va regarder

Le Trésor américain et le Département de la Justice doivent répondre au sous-comité du Sénat avant le 9 octobre à propos d’une éventuelle enquête sur la conformité de Tether concernant l’utilisation d’USDT par l’Iran ; si une enquête officielle est annoncée ou si des mesures de gel supplémentaires sont exigées, cela pourrait entraîner de nouveaux blocages d’actifs USDT liés à l’Iran dans l’immédiat.

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À propos de l'auteur

Sarah Attias

Sarah Attias

Contributrice éditoriale – Médias & adoption crypto

Contributrice éditoriale apportant une lecture orientée médias, communication et adoption des technologies crypto. Les contenus analysent les stratégies de marque, les dynamiques de marché et la manière dont les entreprises structurent leur discours autour du Bitcoin, de la blockchain et des actifs numériques.