Ce que reproche New York aux plateformes
Le 21 avril 2026, l'État de New York a lancé deux procédures judiciaires retentissantes contre Coinbase et Gemini, accusant les deux géants crypto d’opérer des marchés de prédiction assimilés à des jeux d’argent illégaux. Selon la procureure générale Letitia James, les plateformes auraient permis à leurs utilisateurs de miser sur des événements sportifs, politiques ou culturels sans disposer de la licence requise par la New York State Gaming Commission. Les autorités estiment que chaque contrat proposé équivaut à un pari, transformant ainsi les utilisateurs en parieurs au sens strict de la législation locale.
Les poursuites visent également le fait que ces marchés de prédiction sont accessibles dès 18 ans, alors que l’âge légal pour participer à des jeux d’argent mobiles dans l’État est fixé à 21 ans. Cette faille réglementaire aurait permis à une tranche d’utilisateurs interdite d’accès de parier sur les résultats d’élections ou de compétitions sportives, accentuant l’ampleur du dossier.
Des profits contestés, des licences manquantes
La dimension financière du litige est considérable : New York réclame au moins 2,2 milliards de dollars de dommages à Coinbase et 1,2 milliard à Gemini. Les plaintes déposées exigent non seulement la restitution des profits jugés illicites mais aussi des amendes civiles équivalentes à trois fois ces montants. D’après decrypt.co, ces sommes colossales illustrent la volonté de l’État de frapper fort pour dissuader toute tentative similaire sur son territoire.
En parallèle, les documents judiciaires soulignent que ni Coinbase ni Gemini n'ont obtenu la moindre licence auprès des autorités du jeu new-yorkaises pour exploiter leurs marchés prédictifs.
Le dossier mentionne que les offres de Coinbase et Gemini ont été lancées à la mi-décembre 2025 sans autorisation officielle de la New York State Gaming Commission.
Les plateformes auraient lancé leurs offres mi-décembre et opèrent désormais dans l’ensemble des 50 États américains, ouvrir la voie à d’autres actions similaires ailleurs. D’ailleurs, le Nevada et Washington ont déjà engagé des poursuites contre certains fournisseurs de marchés de prédiction, montrant que le débat dépasse largement les frontières new-yorkaises.
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Ligne rouge sur les paris des jeunes
Un point central du dossier concerne l’accès aux marchés prédictifs pour les jeunes adultes. Les poursuites reprochent explicitement à Coinbase et Gemini d’avoir permis à des personnes âgées de 18 à 20 ans d’accéder aux paris en ligne, alors que la loi new-yorkaise interdit cette pratique aux moins de 21 ans. Les autorités s’appuient sur des recherches du National Institutes of Health et de l’American Psychological Association qui alertent sur les risques liés à une exposition précoce aux jeux d’argent.
Face à ces accusations, Paul Grewal, Chief Legal Officer chez Coinbase, a défendu publiquement la position selon laquelle ces marchés sont assimilables à des bourses nationales régulées au niveau fédéral plutôt qu’à des opérations de jeu locales. Il affirme que Coinbase continuera à défendre cette interprétation devant les tribunaux.
Kalshi, l’exception qui intrigue
Contrairement aux deux plateformes visées ce printemps, Kalshi – un autre acteur majeur du secteur – n’a pas été cité dans les plaintes actuelles. Pourtant, Kalshi avait reçu un ordre de cessation en octobre dernier et a même intenté une action préventive contre la New York State Gaming Commission durant l’automne précédent. Ce traitement différencié interroge alors que Kalshi propose également des marchés prédictifs similaires.
La situation reste incertaine concernant le sort réservé à Kalshi dans cet affrontement réglementaire ; il n’est pas exclu que l’État engage ultérieurement une procédure contre cette plateforme si elle ne se conforme pas aux exigences locales.
La bataille des régulateurs s’intensifie
La question centrale reste celle de la compétence : qui doit réguler ces marchés – l’État ou le fédéral ?
Qui a le dernier mot, État ou fédéral ?
Ce bras de fer juridique ne se limite pas à New York : la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), régulateur fédéral américain des produits dérivés financiers, estime avoir autorité exclusive sur ces marchés. Elle a engagé plusieurs actions judiciaires contre certains États qui cherchent à imposer leur propre cadre réglementaire aux marchés prédictifs opérant sur leur territoire. De leur côté, certaines plateformes comme Polymarket ont attaqué en justice le Massachusetts pour contester sa capacité à restreindre l’accès aux services pourtant approuvés par la CFTC.
Le litige pourrait bien finir devant la Cour suprême des États-Unis si aucun compromis n’émerge entre États et autorités fédérales. Pour l’heure, Letitia James insiste sur le fait que “ces opérations constituent du jeu illégal” selon le droit new-yorkais – une position relayée par coindesk.com qui rapporte également que New York cherche explicitement à interdire toute offre similaire destinée aux moins de 21 ans.
Ce que disent les prochains indicateurs
Le 21 avril 2026, New York a réclamé au moins 2,2 milliards de dollars à Coinbase et 1,2 milliard à Gemini dans le cadre de poursuites pour jeux d'argent non autorisés ; si la Cour suprême des États-Unis décide de se saisir du litige sur la régulation des marchés de prédiction, l'issue immédiate de la compétence fédérale ou étatique reste incertaine.

